Sommaire des articles

Le Bonheur

  1. Dans la tradition orientale
    1. Selon Milarépa
      1. Poème:  Chant de la claire lumière
      2. Explication du début du poème: Méditation sur la divinité
      3. Suite du poème: la quête de Milarépa, l’essence de l’être
    2. Citations Zen
  2. Dans la tradition occidentale
    1. Histoire de la pensée occidentale :
      1. Compréhension occidentale de la pathologie mentale
      2. Les influences orientales sur la pensée occidentale
      3. Thérapies occidentales, ne proposent-t-elles pas la même chose?
    2. Spiritualisme et matérialisme :
      1. Spiritualisme et Matérialisme, y-a-t-il un réel clivage ?
      2. Spiritualité & Science, de nombreux points communs
    3. Les approches psychologiques:
      1. Jeffrey Young, la thérapie des schémas
      2. ACT, la thérapie d’acceptation & d’engagement
      3. La TIP: Thérapie Interpersonnelle
  3. Occident & Orient, les points de jonctions
    1. La philosophie derrière cette rencontre :
      1. La grande révélation: La conscience est l’essence de toute chose !
    2. Les techniques facilitant l’union :
      1. L’imposition des mains
        1. Validation scientifique
        2. Explication du fonctionnement
      2. L’hypnose & la méditation
      3. Le jeûne
    3. Quand les médias y mettent du leur
      1. Le cas Westworld
      2. Iron Fist
      3. L’attaque des titans
  4. Mes formations & soins
    1. Le Reiki
    2. La méditation
    3. Psychothérapie: Les remboursements des mutuelles
  5. Vlog, vidéos pour comprendre et apprendre
    1. Pensées 
    2. Pratiques spirituelles

Pour une psychologie intégrative

Comme vu précédemment (article : une compréhension occidentale du vivant & une autre vision du vivant), nous allons analyser les trois courants principaux : Psychanalyse, Systémie, et Comportementalisme. À travers trois aspects :

  1. Le point de vue de la maladie, comment elle est prise en compte.
  2. Le point de vue du malade, comment il est considéré.
  3. Le point de vue du médecin, comment il voit la vie.

Afin de voir si il y a bel un bien un lien entre ces approches.

1.                 La psychanalyse.

La psychanalyse est une percée majeure dans l’approche de la santé. Pourquoi ? Car alors qu’auparavant, c’était Dieu ou les dieux qui soignaient, la psychanalyse met en place un concept désuet, relié à l’adorcisme : accepter le message qui est véhiculé par les forces qui nous traversent et nous dérangent, afin d’être transformés par elle. Ainsi, c’est nous qui nous soignons. À l’origine, les devins grecs prédisaient l’avenir et réduisaient l’humain à un futur prédictible, défini par les dieux. La maladie était la difficulté à accepter son destin. Au Moyen-Âge, la pratique du confessionnal permettait de dire ses fautes et de se faire pardonner par Dieu. Avec le développement de la psychanalyse, ce n’est plus Dieu ou une entité différente de nous qui pardonne, c’est nous qui nous pardonnons. Cette reprise de pouvoir sur soi fut un tournant décisif dans la mise en place des psychothérapies (A. Bioy, communication personnelle, 18 avril 2019). Comme l’explique Thomas Schwab (2019), les thérapies sont passées de la vision de l’expert qui sait pour le patient à celui du participant qui rend le patient acteur de sa vie. Dans la vision psychanalytique, c’est le malade qui crée sa maladie. Les symptômes de sa maladie sont le point de jonction entre deux dynamiques : le principe de plaisir et le principe de réalité (Freud, 1999).

Le principe de plaisir retrace toutes les envies de la personne, tandis que le principe de réalité est l’accumulation des croyances que la personne s’est faite du monde (interdit/tabou/obligation…). Ainsi, ses envies essayent d’être comblées par une répercussion concrète dans le monde. Or, certaines envies ne sont que difficilement réalisables, générant énormément de frustrations qui affament le principe de plaisir. Celui-ci va être reclus à trois possibilités : la régression, la perversion ou la sublimation. La régression est le retour à un principe de réalité antérieur où le principe de plaisir était satisfait. Par exemple, l’enfant qui était cocooné par sa mère lorsqu’il était anxieux avant d’aller dormir, remettra en place cette dynamique si cette affection n’est plus réalisée par sa mère et que l’enfant en ressent un manque (Freud, 1999). Ceci créera une répétition (Lacan, 1973).

La perversion est l’inverse de la régression, ce n’est pas le principe de plaisir qui involue mais le principe de réalité. Celui-ci se voit modifier pour convenir au principe de plaisir et amène à des comportements abusifs. La réalité n’étant pas d’accord avec le désir du sujet, le sujet réalisera quand même son désir en niant la réalité. Dans notre exemple de l’enfant, ce serait l’enfant qui harcèle sa mère pour se faire cocooner alors que celle-ci n’est pas disponible. Enfin, la sublimation serait la dynamique où le principe de plaisir et de réalité s’accommode ensemble d’un mode d’expression qui convient aux deux. L’artiste est en constante sublimation dans ses créations. Il réalise ce que lui dicte son plaisir tout en ne refusant pas le principe de réalité, ainsi il y a une projection de son envie sur un tableau par exemple. Pour l’enfant de notre exemple, une sublimation serait le transfert de son désir d’affection en un nounours qu’il serrerait contre lui. Ainsi, dans ce procédé se met en place le « retour de l’imagination à la réalité ». (Freud, 1999, p.477).

La maladie est donc une somme de compromis entre principe de réalité et de plaisir. Le malade est défini par la tension que génère ce couple d’opposés pour se satisfaire. Ceci crée la névrose et la psychose. Alfred Adler (2017) définit la névrose comme une nervosité à une condition donnée et la psychose comme une nervosité qui entraîne l’imagination et fait oublier à la personne le principe de réalité. Ainsi, le malade est quelque chose de commun. Toute personne est touchée par des angoisses et ainsi fait partie de la grande famille des névrosées. C’est la difficulté à agencer cette nervosité avec les deux principes vus précédemment qui génère la maladie. Le médecin se place donc dans une position d’écoute et de laisser la personne malade réaliser des associations libres de pensées qui lui permettront de trouver la solution à son problème. Cette solution générée par le démêlement des pensées conduit à un réajustement du principe de réalité et celui de plaisir ouvrant le champ à la sublimation (Freud, 1999). Le médecin est là pour donner cet espace d’association qui permet l’élaboration d’une nouvelle compréhension.

2.                 Le comportementalisme.

Dans la même période que la psychanalyse, au début du XXe siècle, le comportementalisme est né. À contre-pied de la psychanalyse, celui-ci ne s’intéresse qu’exclusivement au comportement, rangeant l’esprit dans une boite noire mise de côté pour rester sur l’observation fine de ce qui est objectivable : le comportement. Cette dynamique se base sur le conditionnement classique de Pavlov, puis opérant de Skinner. Le conditionnement est la somme des influences qui conduisent à un comportement. Le chien de Pavlov est l’exemple connu pour expliquer ce principe. La maladie est donc une erreur de conditionnement. La santé passe par un reconditionnement dans ce cas. Pour une personne arachnophobe, ceci se traduit par une peur excessive lors de la perception d’une araignée. L’araignée est donc le stimulus qui vient activer la réponse : l’angoisse. Cette réponse étant inadapté à son contexte et la menace objective de l’araignée, cette personne va être reconditionnée. Pour ce faire, on l’expose à plusieurs reprises au stimulus de l’araignée tout en lui demandant de se relaxer. Cette relaxation va alors s’associer à la perception du stimulus et ainsi modifier l’expression. Lorsque la personne ne génère plus d’angoisse, elle est considérée comme soignée (Benson, 2014). Le malade est donc celui qui souffre, la maladie est le symptôme exprimé (la panique dans cet exemple) et le médecin est celui qui ré-associe la réalité avec du plaisir. Progressivement, les prises en charge vont s’ouvrir à la prise en compte de cette « boîte noire » qu’est l’esprit dans son processus associatif. Les traitements vont donc devenir cognitifs. Ainsi naissent les Thérapies cognitivo-comportementales (TCC). La technique restera similaire, sauf que l’on évoquera et proposera verbalement l’association que le sujet devrait recréer. Alors que dans les précédentes prises en charge, l’association était jugée automatique comme avec le petit Albert (âgé de 11 mois) conditionné par J.B. Watson en 1920 pour être terrifié à la vue d’un petit mammifère (Benson, 2014). Suite à la vague hippie, les TCC ont aussi pris leur dose orientale et ont ajouté la prise en charge de l’émotion au moyen de la méditation notamment, qui est devenu monnaie courante dans les outils appliqués en TCC (Cottraux, 2014). La thérapie ACT n’y fait pas défaut (Monestès & Villatte, 2011).

3.                 La systémie

Apparu plus tardivement, la systémie reprend les logiques orientales en considérant l’homme comme faisant partie d’un Tout et que sa vie est la conséquence des échanges qu’il a avec son milieu. Cette notion, déjà très développée par le bouddha dans le principe de vacuité, aura une première répercussion avec la Gestalt puis la systémie (Benson, 2014). Cette dernière comprend l’humain dans un système et la maladie n’est que l’expression de ce système (politique, familial, relationnel…). Le malade n’est que le traducteur du système et le médecin est une personne issue d’un autre système proposant des fonctionnements alternatifs à ce système (Nardone & Wittezaele, 2016). Ainsi la systémie voit la vie comme un système que l’on peut modifier pour permettre à l’échange de mieux « s’écouler » si l’on prend la logique d’un cours d’eau. Le systémicien sera celui qui propose des réaménagements de ce cours d’eau afin qu’il descende jusqu’à la mer sans heurt. Ainsi il permet des réajustements de la réalité afin que le plaisir s’écoule naturellement.

4.                 Différences et points communs de ces thérapies.

Nous avons présenté ces thérapies en synthétisant avec le modèle théorique de la psychanalyse afin de souligner le point commun théorique entre ces approches. Les différences se façonnent principalement sur le point de vue du praticien qui lui n’est jamais le même. Même au sein de la même école, deux praticiens n’ont pas le même angle de vue sur leur malade. Cette diversité interindividuelle est d’autant plus flagrante si les deux praticiens ne font pas partie de la même école, mais arrive-t-on tout de même au même point ? Comme nous l’avons vu dans les exemples précédents, le but est d’accommoder le principe de réalité (la réalité) avec celui de plaisir. Le psychanalyste le réalise grâce à l’association libre qui successivement change le point de vue du patient sur sa réalité et ses envies. Ainsi la réalité du patient se restructure permettant aux plaisirs d’exister dans cette réalité. Le comportementaliste modifie la réaction du patient qui modifie ainsi les associations du patient et ainsi sa représentation de la réalité. Le principe de réalité en est modifié permettant le plaisir d’émerger dans cette réalité. Pour le systémicien, il propose des réaménagements sociaux et cognitifs amenant la personne à percevoir la réalité autrement et à modifier la chaîne de conséquence de ses actions. Ainsi, son principe de réalité en est aussi modifié. Cette réalité étant modulable, le systémicien utilise la logique : « percevoir, c’est choisir. » (Wittezaele & Nardone, 2016, p.71). Et ainsi il permet d’autres choix au patient. La façon d’expliquer la prise en charge diffère, mais la logique reste similaire. Ainsi, quel que soit l’approche, le praticien suit la même idée : permettre aux patients la réalisation de ces désirs dans son principe de réalité. Si, quelle que soit l’approche, on retrouve le même déroulé alors l’histoire devrait être le garant de cette logique ancestrale.

5.                 Cette pensée n’a-t-elle pas toujours existée ?

La méditation propose depuis plusieurs millénaires la prise en compte de son émotion qu’elle soit jugée positive ou négative. En méditant, le praticien ne fait qu’un avec son émotion et ainsi lui donne une place dans son esprit. Cette place sera ensuite symbolisée par la prise de refuge à l’intérieur de soi et son expression dans l’imaginaire. Cette expression prendra progressivement la forme d’une mudra (forme corporelle) permettant à cette émotion d’exister dans la réalité. En méditation, les mudras peuvent être la jnâna mudra, ou mudra de la connaissance (figure 6).

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Figure 6 : Jnâna mudra ou posture de la connaissance

Celui-ci symbolise la connaissance de son monde intérieur qui est similaire au monde extérieur. En ancrant cette compréhension et ce ressenti de connexion avec le Tout à travers un signe, on fait une association entre réalité physique et ressenti profond. En hypnose, cette notion prend le terme d’ancrage (Erickson, Rossi & Rossi, 2014). Si on l’exprime sous des termes psychanalytiques, c’est le passage dans un état de fantasme, qui est la réalisation du principe de plaisir sans le principe de réalité (introversion jungienne) qui mènera à une extraversion du fantasme à travers un symptôme. Ce symptôme prendra la forme d’un comportement méditatif ou une posture corporelle favorisant la méditation. Cette dernière permet une expression sans heurt de la libido (le Shiva lingam est la forme de Shiva sous une forme de phallus et représente l’énergie de vie) qui s’élève dans le corps jusqu’au ciel sans nécessairement devoir se transposer sur un objet (Jung, 2005 ; Silburn, 1980).

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Figure 7: Forme ancestral de Shiva : le Shiva Lingam

La libido est la force de l’énergie sexuelle dans la psychanalyse. Cette énergie sexuelle prend l’apparence d’un phallus dans la plupart des cas. La recherche du phallus freudien est la recherche de cette libido (Freud, 1999). Dans le tantrisme, c’est Shiva qui est vénéré. Mais pas dans sa forme anthropomorphique (figure 5),

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Figure 5: Shiva anthropomorphique

dans sa forme ancestrale, le Shiva lingam (figure 7) (Michaël, 1991).  Cette élévation phallique représente la force de vie qui parcourt la matière. Cette dernière est le socle de cette érection, la matière permet à la vie d’être. Ainsi, le plaisir de vie (libido) retrouvé à l’intérieur de soi dans la méditation prend comme support cette posture pour s’incarner dans la réalité. Puis progressivement, le praticien parvient à généraliser cette sensation de vie à toutes les réalités et toutes les postures et vit ainsi toujours en phase avec la vie et le plaisir qui la sous-tend (Silburn, 2000 ; Odier, 2002).

Cette étape est la grande illumination (Patanjali, 1991 ; Silburn, 1980). Dans la méditation, il n’y a pas de transformation objective de la réalité, mais simplement une transformation subjective. Cette transformation change tout ce qui est perçu pour le pratiquant qui voit tout comme le refuge de la Vie et donc de Shiva. Le praticien, de ce fait, vénère toutes représentations comme la représentation du Shiva Lingam (figure 7) et ainsi la présence du grand Dieu en son sein, car la vie vit dans toutes choses (Michaël, 1991). Ainsi la méditation propose une réalisation de son souhait sans transformation objective de la réalité, car toute réalité n’est que subjective dans le tantrisme (Odier, 2016). Il y a donc bien une restructuration du principe de réalité pour que le principe de plaisir puisse être.

Passons au Grec à présent, pour observer si cette pensée était aussi utilisée dans l’antiquité. Hippocrate voyait le retour à la santé dans une prise en charge triple : celle de la prise en compte du malade, de la maladie et du médecin. Le médecin devait pouvoir être sincère sur ses limites, le malade devait aider le médecin à combattre la maladie et la maladie devait être prise en compte (Fischerová, 2017). Dans cette logique, on retrouve le malade comme acteur de sa maladie et la maladie comme expression de soi. Le médecin est là pour guider le malade à procéder à des réaménagements de la réalité quotidienne pour que ses humeurs (émotions) se mélangent de façon satisfaisante et ainsi ne crée pas la dominance d’une émotion suite à la frustration de celle-ci (Samama, 2015). Ainsi le médecin propose des modifications dans la réalité du patient, permettant au principe de plaisir d’être pleinement satisfait. Ces modifications sont objectives dans la culture occidentale, à travers une modification de l’alimentation, des activités quotidiennes et des lieux de vacation, favorisant ainsi un comportement plus bilieux (feu) ou flegmatique (eau) (les humeurs passeront à 4 avec la mélancolie et le sanguin sous Galien (IIes siècles apr. J.-C.)) (Thivel, 1991). La réalité du patient étant changée, son plaisir peut de nouveau s’exprimer si les modifications faites sont juste pour le patient.

Pour résumer, la dynamique thérapeutique semble être, quel que soit le nom de la thérapie, une prise en compte du plaisir du patient et une ré-harmonisation par rapport à sa réalité. Bien sûr comme nous l’avons vu dans la partie I, ses modifications ne conviennent pas toujours à l’ordre public et ainsi sont plus ou moins acceptées. Mais le fonctionnement de la démarche thérapeutique est celle-là : changer la réalité objectivement (en occident) ou subjectivement (en orient) pour la faire convenir au principe de plaisir du patient. Ces envies étant satisfaites, il retrouve alors sa plénitude. La difficulté est bien sûr d’agencer les lois aux envies, tout l’art du thérapeute et sa façon d’amener le patient à modifier sa vision du monde pour faciliter le transfert de ses plaisirs sur des objets accessibles ou simplement par une forme abstraite comme une mudra grâce à la méditation par exemple. Cette modulation de la réalité n’est possible que parce que la réalité n’est que subjective. Toute réalité n’est qu’une perception traduite d’un ressenti réel. Comme l’expliquait A. Berthoz sur la physiologie de la perception et de l’action (citer dans Wittezaele & Nardone, 2014, p.71) :

Percevoir n’est pas seulement combiner, pondérer ; c’est sélectionner ; c’est lever des ambiguïtés ; c’est décider. Percevoir, c’est choisir, dans la masse des informations disponibles, celles qui sont pertinentes par rapport à l’action envisagée.

Le thérapeute agit sur ce choix perceptible pour le remodeler à la convenance du patient afin que le plaisir puisse exister dans ce choix. Comme toute réalité n’est que subjective comme le montre Wilhelm Reich (1999, p.140) :

La décomposition de la lumière par un prisme nous renseigne exclusivement sur le comportement de la lumière déviée, elle n’éclaire en rien notre connaissance de la lumière non manipulée. 

Ainsi toute réalité « objective » n’est qu’une subjectivité partagée. Un choix délibéré d’un groupe de paires afin de voir la même chose. Dans cette vision, la réalité subjective devient alors « objective » pour ce groupe. Ainsi les démarches thérapeutiques se cantonnent à modifier la réalité « objective » pour la faire convenir au principe de plaisir du sujet. Comme l’expliquait Milarépa (Lamothe, 2006, p.460) : « Quand le rêve et la veille ne se distinguent plus, la méditation atteint à la perfection. ». Cette perfection est l’illumination recherchée par les sages orientaux. Cette logique revient à vivre sa vie comme on le souhaite et d’accepter pleinement ses désirs à l’intérieur de son être. Dans la tradition psychanalytique, le moi est le médiateur, celui qui donne sens au ça et au surmoi (Freud, 1999), ainsi si on en extrait l’idée : il est le médiateur entre le ça qui rêve et le surmoi qui veille. Le principe de plaisir est incarné par le ça, l’inconscient freudien et le principe de réalité est incarné par le surmoi, le « juge » freudien, gestionnaire de la Loi morale que le sujet s’impose (par héritage culturel et social). Le travail de l’analyste est d’amener le patient à trouver un consensus entre ces deux instances : le moi.

En faisant cela, la perception du monde extérieur se transforme pour s’accommoder des impressions intérieures. Ainsi quand monde intérieur et monde extérieur ne font plus qu’un, on a atteint la parfaite Réalisation dans la tradition mystique orientale. Cette Réalisation est d’ailleurs le fait de constater parfaitement ce qu’est la réalité pour nous et d’accepter pleinement cela. Voilà pourquoi le bouddha se fait appeler le Tathagata : celui qui a réalisé ce qui est (pour approfondir cette recherche, je vous invite à voir Sadhguru, 2019c).

Cette modification de la réalité par le principe de plaisir n’est possible que si la personne réinvestit son énergie dans son principe de plaisir et le pousse à émerger. Ce réinvestissement opère par un retour à soi, à l’intérieur de son corps, où l’on peut de nouveau toucher à ce plaisir originel de vivre. Cette démarche est très développée dans la méditation orientale et a eu une répercussion majeure dans l’œuvre de Carl Gustav Jung. Pour Jung, le Tout se rejoint dans l’individu. L’individu étant « individum », non divisé en latin, non divisé du Tout (Cazenave, 2017). On peut remarquer que la définition juridique de l’individu est reliée à une personne morale définie par ses droits et devoirs au sein de la civilisation qui le considère (Bossi, 2003). Cette distinction permet de témoigner les différences de points de vue qui jalonnent le monde et les deux points observés en partie I et II de ce mémoire. Nous pensons que le point de vue Jungien, reliant l’individu au divin (Purusha védique), fut un apport salvateur dans les thérapies occidentales, rappelant le rôle essentiel de l’individu dans sa quête personnelle. Enlevant ainsi l’influence du tiers (thérapeute, enseignant, expert…) dans son rôle de choix dans la démarche thérapeutique, cette dernière ainsi redonne intégralement les rênes à son patient afin qu’il trouve lui-même la démarche pour se sentir mieux. Le patient peut alors entièrement s’émanciper de la pression environnementale pour trouver sa vérité en soi. Cette démarche évite les pratiques d’exorcismes qui ne font que repousser le mal et ne permette pas de métamorphose libératrice pour le patient. Bien que notre société prône le libéralisme, bien trop de personnes sont encore enfermé dans un asservissement personnel et extérieur. Fondamentalement, comme nous l’avons vu, la thérapie est là pour redonner le libre arbitre à chacun.

Cette intériorisation permet l’acceptation de son plaisir et sa réalisation comme telle à chaque seconde. Cette réalisation est le chemin qu’ont décidé de suivre les sages orientaux. En occident, ceci passe par l’analyse psychologique, lorsque le patient termine sa thérapie, son bonheur est son quotidien. De ce fait, quelle que soit la thérapie, le plaisir introduit dans le présent est la source de la réalisation. La méditation et les thérapies proposent ce chemin par le réajustage de son environnement de façon concrète ou abstraite.

Ainsi le retour à Soi soigne grâce à une modification de notre point de vue sur la réalité et de ce fait, notre façon d’interagir avec elle.

Cette recherche a été évoquée par de nombreux grands sages, mais elle doit être répétée par chaque nouveau vivant, car c’est le chemin pour s’incarner dans la parfaite joie de la vie (Cazenave, 2017).

Alors bon voyage à tous, faites de votre plaisir, une réalité !

 

Références:

(j’ai mis toutes la bibliographie de ce mémoire certaines références appartiennent aux 2 articles précédents).

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Une autre vision du vivant

  1. L’orient.

Note : Cette article fait suite à celui-ci : Une compréhension occidentale de la pathologie mentale. (référez vous à cet article, si vous n’arrivez pas à suivre.)

La culture orientale a suivi les mêmes évolutions technologiques que notre culture (agriculture, métallurgie), cependant elle est restée très versée dans la spiritualité centrée sur une pratique d’adorcisme. Pourquoi ? On peut supposer que la démarche religieuse restée polythéiste au cours de l’histoire de l’asie a maintenu l’utilisation de pratiques diversifiées. Le polythéiste est une culture où l’on tolère la présence d’autres dieux dans le panthéon. Ainsi on respecte le choix de chacun alors que le monothéisme préconise la présence d’un seul Dieu et tous les autres sont rejetés (Bottéro, 1992). En occident, la religion monothéiste occidentale s’est installée avec Constantin Ier et s’est imposé avec l’élaboration de l’édit de Théodose Ier interdisant les cultes à mystères, les évangiles apocryphes (Thomas, Marie, Joseph…) et les cultes païens ainsi qu’aux destructions des

mithra
Mithra pratiquant la taurochtonie.

Mithraea, les temples pour le culte de Mithra, à l’orée du 4e siècle apr. J.-C. pour asseoir la domination chrétienne sur les autres religions. Le culte à mystère basé sur Mithra avait comme base l’idée que l’on était l’acteur de sa propre libération à travers une série d’épreuves (ce qui se retrouve dans les pratiques ésotérique), là où les textes sélectionnés par l’église catholique indique le Christ comme acteur de notre libération et notre action est de le suivre (ce qui se retrouve dans les pratiques exotérique) (Richer, 2019c). Les évangiles apocryphes gnostiques (non-canoniques) développent, comme les cultes à mystère, l’idée que chacun peut toucher au divin sans intermédiaire (adorcisme) et ainsi remet en question l’ordre clérical. L’évangile de Thomas par exemple dit § 3 (Quéré, 2014, p.119) :

Lorsque vous vous connaitrez, alors on vous connaitra, et vous saurez que c’est vous le fils du Père [Dieu] qui est vivant.

En extrême orient, le polythéisme à préserver tous ces cultes gnostiques, ainsi dans le tantrisme à travers les pratiques Aghoris, on retrouve l’idée de l’adorcisme par la mise en place de rituel réalisé avec ses excréments ou les cadavres afin de s’accoutumer à la mort et à ce qui est rejeté afin de toucher le divin en toute chose (Sadhguru, 2019a). Les Aghoris cultivent le culte de Shiva. Celui-ci a un double, une parèdre, nommé Shakti. Ensemble, il forme l’étendue du monde sensible. Shakti est la forme alors que Shiva est le fond. Shakti se métamorphose sous le flux de Shiva. C’est l’arbre qui mû par une force (Shiva) a son apparence qui se transforme (Shakti) (Michaël, 1991 ; Silburn, 1980). Cette notion se retrouve dans le védisme avec la Prakriti (la nature/Shakti) qui contient le Purusha (le divin/Shiva) (Patanjali, 1991). Ainsi dans la culture orientale, la nature contient le divin. Le divin n’est pas à l’extérieur du monde sensible, dans un hypothétique monde transcendantal comme le propose les visions de l’ecclésia monothéiste abrahamique, le divin est en Soi dans le shivaïsme (Silburn, 1980).

2. La place de la femme.

Cette forme qui contient la divine est vénérée autant que le fond (le divin), car c’est par la forme que l’on trouve le fond. Ainsi la femme a une place centrale dans le culte tantrique. C’est elle qui est l’initiatrice au culte sacré (Odier, 2002). Elle est le vecteur de toute transformation spirituelle. Cette vénération de la femme est toujours d’actualité dans les peuples nomades. Les Berbères et les Touaregs respectent la femme comme la gardienne de la tente. C’est elle qui représente l’antre, qui protège le vivant. Les tentes de ces nomades sont détenues par les femmes, comme les maisons dans les cultures matrilinéaires (Mayotte par exemple). Un homme ne peut vivre dans une tente si celle-ci n’est pas habitée par une femme. L’homme vit dehors, sous un arbre dans le cas où il n’y a pas de femmes qui le prennent en charge (Bonte, 2007). Le mythe berbère de Teryel, la femme insoumise reprend parfaitement cette coutume en expliquant comment les femmes sont devenues objet de possession avec la sédentarisation (Richer, 2019a). Le culte de la femme se retrouve au paléolithique par le mythe de la terre mère qui est relié aux notions chtoniennes (les grottes, le fond de la terre). À la différence de la vénération éolienne ou ouranienne qui est masculine (céleste, lié au mouvement et au développement), le culte chtonien est relatif à ce qui préserve et permet à la vie d’être. Les vénus paléolithiques sont autant d’odes à cette vénération de la femme (Richer, 2019b). Les cultures nomades peuvent avoir gardé ces notions de respect envers la femme, on peut voir cela chez les Amérindiens (Colin, 2014), les Berbères (Bonte, 2007) et les nomades antiques de l’Asie centrale (David, 1976). La vénération de la femme verra son déclin arriver par la sédentarisation et le Code d’Hammurabi, où la femme devient un objet de possession pour le mari. Bien que la législation la classe ainsi, on retrouve à travers la culture mésopotamienne, les récits de femmes fortes et de pouvoirs qui vont influencer la Grèce antique suite à l’invasion d’Alexandre le Grand, le macédonien. La présence de ces femmes fortes dans la culture mésopotamienne peut s’expliquer par la présence d’Ereshkigal, la déesse des enfers, gardienne de la terre, toujours présente dans leur mythologie. Les sociétés paternalistes l’ayant remplacées par une figure masculine Hadès (Grec) ou Pluton (Romain). Les filles ne souhaitant pas se marier pouvaient tout à fait faire fortune à leur compte dans la Mésopotamie antique. Cette possibilité se réduira par la prise de pouvoir paternaliste des Sémites qui diminueront progressivement le culte des femmes dans la religion, pour le voir disparaître dans le judaïsme (Bottéro, 1992). Par ce renvoi, la nature est dépossédée de sa divinité et elle devient alors la demeure de Satan et des forces que l’on doit éviter. La religion occidentale cherchera alors Dieu dans un aspect transcendantal et non plus dans le sensible. La religion tantrique garde en exergue cette vénération de la femme à travers son panthéon féminin toujours présent. Et les méditations ne se cachent pas de favoriser cette vénération pour la femme à travers la contemplation de la nature et de toutes les natures, même celle qui nous terrifie. La prise en charge du malade et du déviant par les femmes est intégrative. Là où l’homme cherche à comprendre ou développer, la femme aime, apaise et préserve (Hofstede, 1980). Les rôles sociaux féminin et masculin tendent à maintenir cette logique ancestrale (Molinier, 2010).

3. Accepter sa peur pour embrasser le monde

En développant une vision du monde plus féminine, centrée sur l’amour universel, la peur devient une émotion à travailler pour retrouver le grand Tout (Brahman) et intégrer ce qui nous terrifie dans la logique du vivant. Le Vijnana Bhairava Tantra (Odier, 1998) qui rassemble un ensemble de 114 méditations propose par exemple (p.25) :

Pendant une nuit noire et sans lune, les yeux ouverts sur les ténèbres, laisse ton être tout entier se fondre dans cette obscurité et accède à la forme de Bhaïrava.

Bhaïrava étant le grand dieu Shiva, aussi nommé le Brahman, il représente tout l’univers. Il est ce qui anime toute chose. Ainsi ce précepte propose d’affronter ses peurs afin de retrouver au sein d’eux une sensation « océanique », d’être porté par le Tout (Hulin, 2008). Dans le tantrisme, tout est sacré et l’adepte avance dans son chemin en acceptant tout comme une partie du grand Dieu (la joie comme la douleur). Le spandakarika (Odier, 2007) relate cette perfection (p.20) :

Au sens absolu, plaisir et souffrance, sujet et objet ne sont rien d’autre que l’espace de la conscience.

Ainsi il n’y a rien a enlevé, rien a ajouté, tout est déjà parfait, et cette perfection doit être touché par le pratiquant à chaque instant. On retrace cette culture comme originaire du peuple nomade marin dravidien (6000 à 2000 ans av. J.-C.). Les grandes invasions de peuplades indo-européennes ont progressivement transformé cette culture (Odier, 1998), mettant en place un processus de refus de la pensée, « un arrêt des processus automatiques du mental » que l’on retrouve dans le védisme (Patanjali, 1991). Ce passage de l’adorcisme (tout accepter comme faisant partie du Tout) à l’exorcisme (refus de certaines choses) sera remis en question au cours de l’histoire des religions en Orient. Le bouddha remettra en place cette notion de perfection qui ne sera pas toujours bien comprise par ses adeptes. Les résurgences Zen et les percées de certains sages marquants (Milarépa, Han Shan, Tsu Yun…) rappelleront cette essence divine en toute chose et réinstalleront cette pensée dans la culture orientale. Cette liberté religieuse est bien sûr à prendre avec des pincettes, car le tantrisme fut une pratique marginalisée et les pratiquants furent massacré au cours de l’histoire, mais sans jamais vraiment disparaître (Odier, 1998). C’est cette culture que les vagues hippies se sont emparées et ont ramené en Occident, mettant en place la prophétie de Schopenhauer : « La sagesse indienne, autrefois admirée par Pythagore & Platon, refluera encore sur l’Europe & transformera de fond en comble notre pensée. » (Bossi, 2003, p.36). Cette notion de perfection toujours présente en nous se développe dans la religion chrétienne avec l’idée que Dieu est en chacun de nous (Améris, 2014).

4. Comment retrouver cette perfection ?

Cette différence qui marque l’orient et l’occident, pour le premier, trouver dieu en soi et pour le second trouver dieu à l’extérieur de soi (obtenir la grâce de Dieu par ses bonnes actions) est facile à comprendre. Mais quelle est la différence flagrante générée par une recherche de solution tournée vers l’intériorisation par rapport à celles tournées vers l’extériorisation ? Comme l’explique Sadhguru (2019b) : « Le processus spirituel n’est pas un changement d’attitude ou de comportement, mais un changement fondamental dans la façon de penser, se sentir & expérimenter la vie. ». Le changement d’attitude ou de comportement serait des techniques centrées sur une recherche de solutions extérieures. Dans le cas présent, Sadhguru montre que le processus est à faire à l’intérieur de soi. Pourquoi cela ? Car en changeant sa façon de penser, on change le filtre qui interprète le monde. John Locke développe l’idée que notre façon de voir le monde est créée par les associations réalisées culturellement. Edward Lee Thorndike reprend cette idée et parle de connexionnisme. Ainsi notre développement intellectuel façonne notre perception en reliant des idées entre elles. Une image mentale de la réalité qui n’est pas la réalité se crée alors et devient notre réalité (Benson, 2014). En modifiant ses associations, on modifie notre perception de la réalité et ainsi on change notre réalité. Aussi simplement que cela, tout peut changer et notre façon d’expérimenter la vie peut s’épanouir dans plus de joie. Ce processus est celui de la méditation qui permet de remettre en question toutes nos perceptions afin de les recontacter sensoriellement. De cette expérience intime de la réalité dans sa sensorialité la plus profonde permet de ressentir un sentiment de perfection que les tantriques nomment Bhaïrava et les bouddhistes nomment Claire lumière. Cette recherche spirituelle est la recherche de l’illumination : voir toute la vie dans sa lumière originelle (Dalaï-lama, 1995 & 2000). Cet éveil se fait bien sûr progressivement. Tout d’abord, on découvre cette lumière lors d’activité qui nous épanouisse puis on généralise cette façon de rentrer en contact avec la vie et enfin on vit dans cette claire lumière. Les étapes de découverte de la lumière originelle se nomment Trekchö dans le bouddhisme (Dalaï-Lama, 2000) et Kramamûdra dans le tantrisme (Silburn & Padoux, 2000). L’étape de vivre dans la lumière est nommée Tögal dans le bouddhisme (Dalaï-Lama, 2000) et Brahmamûdra dans le tantrisme (Silburn & Padoux, 2000).

5. Vague orientale.

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Pyramide de Maslow qui reprend les besoins fondamentaux humains.

Cette vision va profondément influencer les courants psychothérapeutiques avec la recrudescence d’intérêt pour l’orient dans les années 1960 avec les vagues hippies qui s’exporteront en Asie pour expérimenter et vivre la recherche du Nirvana de l’intérieur. Cette quête et cette vision orientale de l’Homme comme faisant partie d’un Tout verra naître la psychologie humaniste dans les mêmes années (1960). Quelle est donc cette révolution dans la pensée occidentale ? Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, l’occident était centré sur une dynamique de progrès (masculine/yang) et de l’éradication des tares génétiques qui a favorisé l’émergence de l’eugénisme. La rencontre de l’orient amène le retour aux notions fondamentales, plus féminines que sont l’amour et la reconnaissance pour se développer. Ces approches, démocratisées par Maslow et Roger, prennent à contrepied les cadres rigides de prise en charge proposée par la psychanalyse et le comportementalisme qui dominait la psychothérapie de l’époque. La psychanalyse rigidifiait le futur du patient par rapport à son passé, tandis que le comportementalisme oubliait la pensée pour réduire l’observation au comportement et ainsi ne prenait pas en compte l’esprit derrière la machine. Cette vision de la vie était surement influencée par le point de vue déterministe de l’époque. L’approche humaniste redonne la part belle à l’esprit et lui redonne son libre arbitre. Il le sort ainsi du conditionnement limitant de son passé et lui propose un avenir. En s’intéressant au bonheur et les moyens de l’atteindre, la psychologie humaniste propose à n’importe quel homme, quel que soit son passé, de vivre heureux et en bonne santé à partir du moment qu’il en fait le choix (Benson, 2014).

La pensée orientale très centrée sur le développement de Soi et le retour à son équilibre intérieur aiguilleront Carl Gustav Jung pour créer sa psychanalyse, tourné vers l’épanouissement intérieur (Jung, 2005) où il redonnera la part belle à l’âme (Jung, 2009). Il sera un des précurseurs à rendre accessible la philosophie orientale dans ses thérapies analytiques et ses conférences sur le thème de la psychologie et de l’orientalisme dès 1935. La percée de Jung sur le travail de Freud fut d’ajouter le but dans l’organisation de la trame narrative du patient. Alors que la vision freudienne cantonne le patient à une vision causale, Jung ajoute l’idée que le but du patient façonne et structure les éléments du passé. Tous les souvenirs d’une personne sont modulés selon les objectifs conscients de la personne (Jung, 2009). Par exemple, si Mr X a été frappé pendant tout son primaire par Mr Y et que Mr X se destine à un avenir de professeur des écoles, par exemple, alors ce souvenir deviendra la raison d’une protection des plus faibles. Dans ce cas, Mr X verra les actions de Mr Y comme lui aillant montrer ce qui est mal. Mr Y sera alors une malédiction qu’il faut punir pour Mr X. Dans le cas où Mr X se destine à un avenir de combattant de MMA (Mixte Martial Arts) alors Mr Y sera perçu comme un déclencheur de cette destinée et peut-être comme la personne l’ayant fait découvrir son plaisir de la bagarre. Mr X verra alors Mr Y comme une bénédiction. Cette finalité comme structurant le réel de la personne est pour Jung la recherche de Dieu, qui même dans la figure du mal et de la maladie montre son vrai visage divin suite à une analyse. Pour Michel Cazenave (2017), celui qui se met en travers du chemin se dit Saitan en latin. Le terme de Satan aurait découlé de cela et se serait polarisé en mal suite à l’influence zoroastrienne dualiste sur la culture Israélienne. Ainsi Jung, voit dans le mal, le visage du bien qui donne un conseil mais qui n’est pas compris par le receveur. Jung sort ainsi d’une vision dualiste pour proposer une vision unitaire proche du tantrisme originel. Cette vision est le Unus Mundus des néoplatoniciens : le monde unifié. Pour Jung, il est essentiel que l’individu retrouve sa part divine (Purusha dans la culture Védique) afin qu’elle le guide dans le monde réel. Le conditionnement socio-culturel qui fait le moi est bien évidement considéré comme un complexe à dépasser pour toucher au divin en Soi. C’est ainsi que le moi devient le Soi, une instance qui nous dépasse et nous submerge de grâce pour nous montrer le chemin intérieur poussé vers l’extérieur (Cazeneva, 2017).

Wilhelm Reich (1999) en proposant la notion d’Orgone (l’essence de l’être), reconnectera avec le Purusha védique ou le Soi tantrique (l’essence lumineuse) et ainsi permettra une explication simple du principe de Purusha et Prakriti à travers l’orgone et la cuirasse. Cette dernière, construite par les peurs, inhiberait les capacités intérieures d’épanouissement. Cette idée sera reprise par tout le courant du développement personnel.

Dans ces mêmes années de découverte de la spiritualité indienne, on ne peut que faire le lien avec la définition de Jacques Lacan (1973) de l’inconscient, qui est la coupure avec l’Un originelle (« Unbegrieff », p.52). Cette notion n’est pas sans rappeler le principe de Prakriti (nature) vis-à-vis du Purusha qui est distanciation par rapport à l’Un originel (le Purusha).

Alfonso Caycedo développera la sophrologie à la jonction entre l’hypnose occidentale et la méditation orientale s’installant parfaitement dans ce rouage d’influence orientale.

Les 3es vagues de thérapie cognitivo-comportementale, un peu plus tardive, prendront en compte l’émotion du patient, installant les pratiques de méditations au sein des prises en charge. Après l’intégration de la cognition, cet espace fait à l’émotion humanise un peu plus les approches comportementales et leurs résultats avec (Cottraux, 2014).

Même la religion chrétienne a été métamorphosée. Le concile Vatican 2 du Pape Jean XXIII a transformé la religion chrétienne en 1962, en plus d’admettre qu’il y a des « éléments de vérités » dans les croyances d’autres églises, il publia des textes parmi les plus importants du concile : les déclarations Nostra aetate (mettant Dieu dans une recherche commune de l’humain quel que soit la religion employée) sur les relations avec les religions non chrétiennes, et Dignitatis humanae (la dignité humaine) sur la liberté religieuse, ainsi que les constitutions Dei verbum (indiquant que Dieu se déclare lui-même sans nécessairement d’intermédiaire) et Gaudium et spes (appelant au retrait de la suprématie humaine sur la nature et le retour au respect de celle-ci) (Le Bars, 2012). On peut noter aussi le retour de la pensée charismatique, déjà présenté dans les épîtres de Paul (I Cor. XII à XIV ; Rom. XII, 3-8) et Pierre, dans les années 1960, par le retour en des courants évangélistes et pentecôtistes. Ces courants ont comme idées que le Saint Esprit rentre en eux et cette transe sacrée donne accès par la personne à des réalisations de miracles, de guérisons et de glossolalie qui est le fait de parler la langue de Dieu mais dans un jargon incompréhensible. Ce que les prophètes font mais de manière intelligible, selon les courants chrétiens (Baladier, 2019).

Nous sommes venus à l’orient et l’orient est venu en occident comme Schopenhauer l’avait prédit. L’exorcisme comme traitement exclusif laisse place à l’adorcisme où le malade et le message de sa maladie sont pris en compte. Comme autrefois quand le chaman se faisait médiateur du message de l’esprit qui rendait malade le patient et donnait voix à cet esprit pour permettre un changement intérieur et extérieur (au sein de la société).

Les nouvelles thérapies dites énergétiques s’axent vers la compréhension psychocorporelle et font la part belle à l’énergie qui meut ce corps, impulsée par l’esprit. Dans la lignée de cette pensée, nous allons aborder les différences et les points communs entre les psychothérapies utilisées de nos jours et ainsi tenter de décrire une ligne directrice entre toutes.

Annonce: Le mois prochain, nous explorerons les psychothérapies principales afin de voir s’il y a une ligne directrice entre celles-ci. Je vous souhaite bonne continuation et au mois prochain.

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L’attaque des titans ou l’épopée gnostique

Ayant fini cette œuvre (l’attaque des titans, nous utiliserons l’abréviation SNK pour en parler), il y a peu, j’ai été comme chamboulé par l’écriture et les renversements de situations proposées par l’histoire. D’autant plus, qu’un ami à moi en pleine décompensation psychotique m’a apporté une percée encore jamais vue dans ce récit de Hajime Isayama. Et si l’attaque des titans était une revisite onirique de l’histoire de la gnose en occident ?

La gnose est l’ensemble des questionnements sur la vie. Ce questionnement amène à la connaissance, d’où le mot Gnose (du grec : gnosis : connaissance) (pour plus de détails voire la vidéo d’Arcana : https://youtu.be/ffxcESHcvp4).

L’histoire de la Gnose remonte à la nuit des temps, puisqu’on peut supposer que l’homme s’est toujours posé des questions sur le sens de l’existence. Mais au fur et à mesure de l’histoire, les hypothèses de réponses proposées par l’homme ont créé des revirements majeurs dans l’histoire de l’homme. (Attention la suite de l’article spoil sévère les révélations de la fin de saison 3 de l’attaque des titans).

eden.jpgDe tout temps, la Gnose fut sujet de débat est d’échange sans choix tranché sur le sujet. C’était un débat de croyance et de vécu et cela restait ainsi. Le judaïsme a amené son lot d’interprétation à travers le mythe du fruit défendu et du jardin d’Eden. Comme l’explique le serpent à Ève : « [en mangeant le fruit,], vous ne mourrez certainement pas ; car Dieu sait qu’au jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. »

Pour les gnostiques abrahamiques (juif, chrétien, musulman), la recherche de connaissance est issue des premiers hommes (Adam et Ève) et a mis fin à leur bonheur perpétuel dans le jardin d’Eden. Cette sortie d’ignorance a permis des avancées majeures dans le domaine du contrôle de la nature. Si l’on en croit le livre d’Hénoch, c’est les anges qui amenèrent les connaissances aux hommes par le biais des femmes.

Livre d’Hénoch, chapitre 7 [1]:

§2 : Et lorsque les anges, les enfants des cieux, les eurent vus, ils en devinrent amoureux ; et ils se dirent les un des autres : choisissons-nous des femmes de la race des hommes, et ayons des enfants avec elles.

§10 : Et ils se choisirent chacun une femme, et ils s’en approchèrent, et ils cohabitèrent avec elles ; et ils leur enseignèrent la sorcellerie, les enchantements, et les propriétés des racines et des arbres.

fruit SNK2

Dans l’attaque des titans, le récit est similaire. La femme croque le fruit défendu et amène le développement technologique sur terre. Cette surpuissance divine de la connaissance est mise en image par une transformation en titan dans l’attaque des titans. Dans la culture grecque, c’est le titan Prométhée qui descendit le feu et la connaissance du mont Olympe pour éveiller les humains. Il fut sévèrement réprimandé par Zeus qui le condamna à une éternité de souffrance. L’auteur, Hajime Isayama, indique dans une interview s’être grandement inspiré de l’histoire grecque pour inventer son récit, voilà pourquoi l’histoire de l’occident peut se sentir dans l’histoire de l’attaque des titans (SNK). Los_Nueve_Poderes_TitanicosÀ la mort de ce titan primordial dans SNK, il sera divisé en 9 titans différents. Ceux-ci créeront la discorde et la domination sur les autres peuples. Cette notion reprend l’idée de la boîte de Pandore. Après avoir puni le titan Prométhée pour avoir donné le pouvoir du feu aux humains, Zeus proposa au frère de Prométhée, Épiméthée, la main de Pandore. Zeus avait comme intention de calmer les ardeurs d’élévation des hommes. Ainsi Pandore, bien que charmante, était doté d’une curiosité telle qu’elle ouvrit un des présents de Zeus : La boîte de Pandore et déversa sur terre tous les maux. Ces maux générés par le don originel : la connaissance suit le développement du titan primordial : Ymir pour se découper en 9 titans bien différents qui créeront la discorde dans le monde.

Dans SNK, Comme dans le récit biblique, cette connaissance est punie par le contrecoup du sort : les désirs humains. Suite à cette guerre, le peuple puissant, commandant, les titans se font renverser par les autres (les mahrs) qui prennent le contrôle des titans et exercent un contrôle mental par un conditionnement culpabilisant sur les sujets. Les derniers survivants du peuple puissant (Eldiens) se sont réfugiés sur une île, enfermés derrière des murs et soumis à un conditionnement culturel similaire pour leur faire croire qu’il n’y a rien au-delà des murs. Cette prise de pouvoir est similaire à ce qui s’est passé en 325 et 380 apr. J.-C. en Europe. Le 1er concile de Nicée (325 apr. J.-C.) décrète le christianisme comme religion d’État et Théophrase 1er en 380 apr. J.-C. détruit et chasse tous les cultes et pratiquants hérétiques au monothéisme chrétien. Exerçant une pression intellectuelle sur la Gnose de l’époque pour la réduire à une dévotion envers l’ordre établi et plus en une recherche de connaissance à travers Soi comme l’évangile de Thomas tendait à le diriger [3]:

§3 : lorsque vous vous connaitrez, alors on vous connaîtra & vous saurez que c’est vous le Fils de l’Homme.

oscti.jpgLa connaissance authentique sera alors détenue par les puissants (hiérarchie cléricale ou royale) et les autres seront tenus dans l’ignorance. De la même façon dans SNK, cette connaissance est gardée par le clergé et la royauté et transmise par l’ingestion de l’ancien propriétaire de la couronne (image ci-contre). Cette image fait un parallèle direct avec l’eucharistie où le corps et le sang du christ sont proposés en sacrifice pour intégrer Dieu en soi. Cette prise de pouvoir sélective aura des répercussions jusqu’au milieu du XXe siècle en occident avec les découvertes des manuscrits de Nag Hammadi. Ces manuscrits ont été retrouvés dans une jarre protégée au fond d’une vieille grotte au sud de l’Égypte (on peut voir un parallèle avec les cahiers de Grisha Jäger au fond d’une cave). Ces manuscrits sont ceux de Thomas, Judas, Marie, Pierre… tous les apôtres du christ retiré des canons bibliques afin de créer une religion de dévotion et non de découverte de soi. Cette gnose intégralement retrouvée fera un raz de marée en occident en parallèle des vagues hippies (1960) ramenant en occident les connaissances orientales. Ces dernières apporteront une vision complète du monde, où chaque homme, chaque pierre, chaque plante, chaque animal est le reflet de Dieu. Comme l’explique l’évangile de Thomas [4]:

§81 : Jésus dit : je suis la lumière, celle qui est sur eux tous. Je suis le Tout, et le Tout est sorti de moi et Tout est revenu à moi. Fends le bois : je suis là ; soulève la pierre et tu m’y trouveras.

La chute du diktat chrétien a aussi amené la recrudescence des vieux cultes : avec le retour d’une croyance animiste oublié depuis longtemps, où le divin est en toute chose et d’abord en soi, loin des enseignements stricts des religieux d’antan. Comme l’expliquait le Bouddha [5]:

Le Bouddha dit aux bhikkhu (moine) qu’un disciple devrait même examiner le Tathâgata (Bouddha) lui-même, de manière qu’il (le disciple) pût être entièrement convaincu de la valeur véritable du Maître qu’il suit.

En d’autres mots, il ne vous demande pas de croire, mais d’être convaincu.

On peut voir cela dans l’évangile de Marie[6] qui s’affranchit du point de vue des autres pour développer sa propre vérité :

Veuillez à ce que personne ne vous égare en disant : « Le voici, le voilà. Car c’est à l’intérieur de vous qu’est le Fils de l’homme.

Ou encore [7]:

N’imposez aucune règle, hormis celle dont je fus le Témoin. […]. Afin de ne pas en devenir les esclaves.

Ainsi le diktat de la pensée chrétienne a eu lieu dans tout l’occident pendant 1600 ans. Rabaissant l’être humain à un pêcheur indigne d’être le héros de sa propre légende, devant se soumettre aux autorités et règles en vigueur. L’attaque des titans retrace cette période d’obscurantisme et d’endoctrinement culturel. Le livre de Grisha Jäger nous révèle toute cette vision du monde imposé sur les Eldiens qui est similaires à celle imposée sur les chrétiens : des pêcheurs en quête de rédemption s’ils font bien les consignes de leur supérieur (Dieu (verbalisé par le clergé et le Roi) dans notre société et religion chrétienne, les Mahrs dans l’attaque des titans.). Ce diktat a disparu par l’influence de la pensée orientale qui permet le divin en soi. Comme l’expliquait Schopenhauer :

La sagesse indienne, autrefois admirée par Pythagore & Platon, refluera encore sur l’Europe & transformera de fond en comble notre pensée.

Ainsi l’orient a reflué sur l’occident lors des vagues hippies 1960, à travers la psychologie humaniste permet de s’extraire du diktat du passé souligné par la psychanalyse en 1960. Le concile Vatican 2 du Pape Jean XXIII a transformé la religion chrétienne en 1962, en plus d’admettre qu’il y a des « éléments de vérités » dans les croyances d’autres églises, il publia des textes parmi les plus importants du concile : les déclarations Nostra aetate (mettant Dieu dans une recherche commune de l’humain quel que soit la religion employée) sur les relations avec les religions non chrétiennes, et Dignitatis humanae (la dignité humaine) sur la liberté religieuse, ainsi que les constitutions Dei verbum (indiquant que Dieu se déclare lui-même sans nécessairement d’intermédiaire) et Gaudium et spes (appelant au retrait de la suprématie humaine sur la nature et le retour au respect de celle-ci).[8]

On peut encore faire un lien avec Schrödinger qui édite à la fin de sa vie, le livre : ma conception du monde, les védas d’un physicien. Qui fait le lien entre science (physique) et spiritualité (le védisme).

Ces avancées révolutionnaires montrent un point de non-retour franchi par l’espèce humaine en ce milieu de XXes siècles. Ainsi l’orient et l’occident commencent à être de nouveau unis dans une même pensée à travers les influences culturelles croissantes orientales. Comme le propose de nombreux manga (Gundam 00, Naruto, Bleach, Berserk…) peut-être que l’on est à l’aube d’une réunification du monde après une grande guerre, celle des idées. Qui se traduit dans les mangas par une réunification du Ciel et de la terre. Le personnage principal de Bleach, Ichigo Kurosaki réunit, dans son épopée, le Hueco Mundo (les enfers en gros) avec la terre et le Seireitet (le paradis). Le personnage de Naruto (dans le manga éponyme) réunit toutes les nations ninjas en une harmonie parfaite après une grande guerre en supprimant la dictature proposée par Obito. Griffith dans Berserk réunit les créatures des enfers dans un but divin : créer le paradis sur terre. Dans Gundam 00, les héros arrivent à vaincre celui qui voulait asseoir une domination sur le monde, pour proposer une cohabitation pacifique.

Ainsi cette envie de réunion semble avoir envahie l’occident et cette modification drastique dans la pensée continue de faire des vagues qui, je l’espère amènera une réunion salvatrice entre les différents « mondes ». Nous verrons en 2020, si Hajime Isayama, l’auteur de SNK, décide du même avenir pour son manga.

Sources:

[1] Le livre d’Enoch, Texte apocryphe rejeté de la Bible. Chapitre VII – 1, 2, 11, éditions Robert Laffont.

[2] Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Attaque_des_Titans

[3] Quéré, F. (2014). Évangile apocryphe. Paris : points. P.139.

[4] Quéré, F. (2014). Évangile apocryphe. Paris : points. P.149.

[5] Rahula, W. (2014). L’enseignement du Bouddha. Paris : Points. P.19.

[6] Leloup, J., Y. (2000). L’évangile de Marie. Paris : Albin Michel. P.36.

[7] Idem. P. 38.

[8] (Le monde : https://www.lemonde.fr/europe/article/2012/10/11/dates-et-textes-du-concile-vatican-ii_1773960_3214.html)

Pour aller plus loin sur la gnose, n’hésitez pas à regarder la vidéo d’Arcana:

Une compréhension occidentale de la pathologie mentale

 

1.La classification du vivant, comme première source de troubles

Cette revue de la littérature s’intéresse à comprendre les différentes prises en charge de la maladie mentale à travers la société occidentale puis orientale et enfin de faire une synthèse de ces approches pour comprendre le fonctionnement du processus thérapeutique.

Pour comprendre l’évolution de la pensée en occident, il est capital de voir cela sous les mouvements sociaux et leurs impacts dans la structure de la pensée. Percevoir les différences entre l’occident et l’orient n’est possible qu’en observant les influences successives que ces peuples, originellement identiques, ont subies. Ainsi, retournons au début de l’histoire des hommes, aux premiers mouvements migratoires de l’être humain, c’est-à-dire il y a 100 000 ans. La pensée animiste des peuples premiers va se répandre à travers le monde au moyen des migrations et va se transformer progressivement au fur et à mesure des influences environnementales et sociales.

La modification de la pensée animiste s’opère 8000 ans av. J.-C. par la mise en place de l’agriculture et de l’élevage au cours de la révolution néolithique (Passé sauvage & Scilabus, 2019). Cette révolution est avant tout, d’après Philippe Descola (1994), une modification spirituelle. Les peuples ont de tout temps connu et appréhendé les moyens agricoles. Seulement les Amérindiens n’ont jamais domestiqué le pécari ni toutes autres espèces animales ou végétales, car cela était spirituellement inconcevable. Comment emprisonner et assujettir un de nos semblables ? Car dans la pensée animiste (que l’on retrouve dans les peuples premiers : Aborigènes, Amérindiens, chamans sibériens…) chaque être vivant est une partie du Tout et est notre semblable. Ainsi ce n’est que par une modification spirituelle que l’élevage et l’agriculture furent possibles. En considérant les animaux et les plantes comme inférieurs à nous, il devient envisageable pour l’être humain de le domestiquer et de le priver de sa liberté. Cette pensée et technique apparue dans le croissant fertile (proche orient) s’est rapidement rependue à travers le monde, autour de 6500 ans av. J.-C. pour l’Europe et 6000 av. J.-C. pour la chine. Cet assujettissement du vivant et cette pensée philosophique de l’homme plus proches de Dieu que tout le reste du vivant à continuer de se développer au moyen des classes sociales marquées par le développement des biens par le biais des possessions agricoles et animales. Cette dynamique s’est accentuée par le développement de la métallurgie au cours de l’âge du bronze (3000 avant J.C) puis du fer (800 avant J.C) découvert dans le croissant fertile (le croissant fertile est propice aux découvertes, hypothétiquement par sa centralité au niveau du monde (et ainsi le développement des échanges) et sa grande quantité de limon et d’argile propice à l’agriculture, ainsi qu’un manque de bois, pierres et minéraux obligeant à une adaptation (Bottéro & Kramer, 1989)). La métallurgie a permis de créer une distinction visuelle entre ceux qui avaient les richesses et les autres et ainsi a permis la mise en place rigide de classes sociales. Ainsi les classifications sociales et les différences de classes ont commencé à naître. Ces classes sociales hautes ont alors érigé des lois pour maintenir une cohésion sociale et étant détenteur des terres et des biens, les autres étaient considérées comme leur débiteur. Les gouvernants mésopotamiens se donnaient le droit de juger et gracier les condamnées de divers péchés (« vol, adultère, faux témoignage, fausses monnaies… » (Bottéro, 1992, p.294)). La notion de péché comme « manquement personnel » à la Loi des dieux a alors commencé à se développer. Ce qui fait une « différence fondamentale avec les autres civilisations qui sanctionnent dans le péché le manquement de l’homme à la collectivité ou à son propre équilibre. » (Bottéro, 1992, p.332). Cependant, à cette époque, la justice était encore donnée par la nature, toutes maladies étaient, et sont toujours dans les traditions nomades, un message des dieux. Comme l’explique Jean Bottéro (p.332) :

Pour un Babylonien, un acte non sanctionné par la maladie, la mort, la honte, la ruine… n’est pas, de soi, une faute. Il n’y a de faute, selon lui, que s’il y a malheur-châtiment. 

Cette idée est héritée du nomadisme où la survie du groupe est le plus important, ainsi toute maladie ou discorde est à prendre en compte directement. La résolution du problème promeut la survie du groupe chez les nomades. Avec la sédentarité une nouvelle façon de voir la vie est apparue. La religion émergente est aussi la conclusion de ces croyances sur la vie, qui ont été changé. Avec un monde rigide, non mût par le mouvement constant du nomade, le sédentaire commence à compter, manipuler la matière et réguler ses échanges. Il développe un contrôle sur le vivant et la nature. Il ne s’adapte plus à la nature, il la gère. La vie de ces êtres passe du mouvement à l’inertie et leur règle de vie avec. Les croyances religieuses ont ainsi aussi muté progressivement. Là, où plusieurs dieux étaient de mise pour comprendre la diversité du vivant. Il en devient un qui régit tout. Comme le chef d’une cité devient le détenteur du pouvoir suprême. Le monothéisme a progressivement émergé, par poussée, en Égypte avec le culte d’Aton au 14e siècle avant notre ère. Zarathoustra au 10e siècle avant J.-C. a fait passer la religion Perse du mazdéisme (polythéiste) au zoroastrisme (monothéisme). Les Sémites originaires de Mésopotamie et réduits en esclave par les Égyptiens, se sont enfuis sous la coupe de Moïse (début du 13e siècle) qui a fondé les bases de leur religion monothéiste, en nommant le Dieu unique : Yahvé, ce qui signifie en hébreu, être, exister. Ce monothéisme s’est développé quand le peuple Israelite s’est sédentarisé (13e au 10e siècle av. J.-C.) et est devenu le peuple juif suite à l’invasion de Nabuchodonosor sur leur terre et leur exile à Babylone en 597 av. J.-C. La diffusion de leur écrit phare, la Bible, est apparue suite aux invasions Perse et notamment Macédonienne par Alexandre le Grand. La Bible que nous connaissons maintenant est un brassage culturel d’influence mésopotamienne et s’est répandue à travers les différentes civilisations européennes grâce à l’attrait des Macédoniens et des Grecs vis-à-vis des autres peuples. Les Grecs mirent deux siècles à la traduire (323 à 132 av. J.-C.). Tout ceci donna l’éclosion de l’empire chrétien au 4e siècle apr. J.-C. Le péché comme « manquement personnel » aux Lois s’est érigé comme médiateur sociopolitique et les puissants contrôlant ses nations sont devenus les garants de ses Lois. Le péché n’était alors plus jugé par Dieu et sa dévote nature en développant maladie et désordre, mais jugé par les hommes selon leur règle. Il n’est pas nécessaire que le pécheur tombe malade ou ait un quelconque déséquilibre pour être vu comme ayant offensé les dieux et soit jugé en tant que pécheur (pour plus de détails sur ce revirement, voir Bottéro, 1992). La spiritualité est une continuité intellectuelle des façons de vivre. La vie étant devenue une organisation sociale, la vision du vivant s’est transformée en une hiérarchisation sociale. La plume de Platon, Démocrite et Aristote, ne dément pas cela, avec l’élaboration des premières classifications du vivant (500 av. J.-C.), la scala naturae (Bossi, 2003).

scala naturae.jpgCette classification du vivant tend à comprendre, les différences entre les êtres vivants en les classant du plus habile au moins habile. Les minéraux étant placé au plus bas du niveau d’habilité, puis vient les plantes, puis les animaux, puis les hommes. Cette classification est aussi sociale avec les différents rôles au sein des différentes cultures (égyptienne, grec, romaine…) et la notion de liberté. Les animaux et les plantes en étant destitué les hommes ont aussi subi cette règle. Les hommes libres d’Athènes, par exemple, étaient les citoyens athéniens. Les esclaves et les personnes endettés perdaient leur liberté et leur vie et mort étaient régies par ceux qui les achetaient. La vie était devenue monnayable et classable dans cette vision du vivant. Cette pensée continuera au Moyen-Âge avec des classes sociales qui se rigidifient encore plus, car la succession des rôles sociaux ne se réalise pas par le talent ou le savoir comme en Grèce antique, mais par le sang.

La scala naturae ajoute des échelons angéliques où le roi et le clergé se rapprochent le plus des hautes sphères, rendant leur décision, un diktat divin. Cette pensée va être renversée à la période post-lumières, car en renversant le Roi, représentant de Dieu sur terre, on renverse l’ordre établi et ainsi on montre que l’on peut s’élever par la force vers Dieu. Les richesses étant devenues la source de force pour les bourgeois révolutionnaires ayant pris le pouvoir politique, législatif et juridique. En décapitant les rois, on supprime toute idée de rigidification des classes sociales et ainsi on permet le retour d’une ancienne pensée : celle du transformisme. Les sages grecs étaient déjà très au fait de cette pensée, notamment avec le présocratique Anaxagore qui écrivit : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau. » Repris pendant la période des lumières par Lavoisier en : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. ». Cette idée se répandra à travers les sciences, la biologie verra Lamarck et Darwin populariser cette idée et ainsi permettre à la pensée de s’émanciper des rôles sociaux. Cette pensée va prendre une autre tournure sous la plume de Haeckel et Nietzsche qui mixeront une vision transformiste avec une vision progressiste ouvrant la pensée à la notion d’évolution. L’homme et le vivant deviennent sujets à l’évolution et ainsi ont pour but de se rapprocher de Dieu. L’homme est l’être le plus parfait selon la Bible. Nietzsche popularisera l’idée qu’il doit continuer d’évoluer vers un être supérieur : le surhomme. Cette vision est prolongée par Haeckel qui définira l’homme comme l’être le plus abouti du règne vivant et pouvant encore s’améliorer. Haeckel estime que les autres êtres vivants sont encore des êtres immatures dans ce processus évolutif (Bossi, 2003).

2. L’eugénisme, l’application de la pensée évolutive.

Cette idée prendra une tournure sociale par la mise en place de l’eugénisme. Terme inventé par Francis Galton en 1883 et signifie « bien né ». Cette pratique déjà présente en Grèce antique par l’exclusion de la société spartiate des enfants malformés prendra une tournure mondiale et dogmatique dans le courant du XXe siècle. Le rassemblement des hommes au sein des villes par la révolution industrielle, le développement d’épidémie massive et la popularité du concept de sélection naturelle amènent les penseurs et chercheurs à tenter de créer un être humain supérieur, capable de résister à tout cela, une sorte de champion de la vie. Ainsi on opère à quelques castrations de malades et délinquants aux États-Unis et en Suisse dans les années 1880-1890. 1907 à 1909 verra fleurir les lois de stérilisation de certains malades, handicapés et délinquants aux États-Unis. De nombreuses associations voient le jour pour répandre cette idée, notamment la société française d’eugénisme créé en 1912. L’Europe mettra en place des mesures similaires plus tardivement : Suisse et Canada (1928), Danemark (1929), Norvège et Allemagne (1934), Finlande et Suède (1935)… Certains pays seront protégés de cette pensée par l’opposition catholique dominante et la France par la vision lamarckienne qui popularisera l’idée d’hygiénisme (une bonne hygiène de vie développe l’homme le plus parfait). L’eugénisme verra une multiplication de ses pratiques dans les années 1930 où les stérilisations se multiplient aux États-Unis et les mesures d’euthanasies s’appliquent en Allemagne et se répandront par la conquête du IIIe Reich. Les sous-hommes coûteux pour la société sont éradiqués pour le bien de tous et de la sacrosainte pensée évolutionniste (Cyrulnik & Lemoine, 2016). Face à l’horreur des camps, les pensées eugénistes perdirent en puissance, mais ne disparurent pas. On peut noter la mise en place en 1971 aux États-Unis de l’idée de 1960 de Hermann Joseph Muller sur la sélection des semences germinales des prix Nobels qui ont donné naissance à plusieurs centaines de bébés (Pichot & Testart, 2019).

Mais comment cette pensée évolutionniste a-t-elle eu un impact dans nos sociétés occidentales sur la prise en charge contemporaine de la souffrance ?

3. Souffrance et folie, une gestion groupale.

Pour comprendre la prise en charge des malades mentaux en occident, il faut comprendre les retentissements de ces actions sociales sur la pensée. Originellement, les peuples primitifs utilisent des notions de magie pour soigner le surnaturel. Toutes maladies et tous problèmes sont des messages des dieux qui doivent être entendus par la communauté et intégrés pour permettre de s’adapter (Perrin, 2017). Ainsi pour trouver de la nourriture, savoir où se déplacer, prendre en compte un problème au sein du groupe, les chamanes s’en réfèrent aux rêves et à l’expression subjective de chacun, formulé et rendu intelligibles par le chaman. Le chaman est un guide et un traducteur des informations de l’environnement. La communauté agit ensemble, aidée par le traducteur du groupe, le chaman. Si l’on devait trouver une profession qui se rapproche du rôle du chaman, cela pourrait correspondre à médiateur. Et ce médiateur est essentiel pour la cohésion du groupe, car pendant toute la période paléolithique les peuples sont nomades et ainsi agissent en groupe (Villeminot, 2002). On peut supposer que les dissidents au groupe sont libérés de leur lien avec la communauté, car c’est l’unité du groupe qui fait sa survie. Si l’on prend l’exemple des Inuits, qui sont restés chasseurs-nomades ou semi-nomades sous l’influence du climat polaire (permafrost) (Robert-Lamblin, 2019), les personnes âgées sont tuées ou abandonnées par la communauté (Volant, 2012). Les périodes mésolithique et néolithique amènent une mutation majeure dans la gestion du groupe, car le groupe se sédentarise. Ainsi la gestion des malades (et toutes personnes mettant en danger la collectivité) se fait par l’expulsion. Autrefois, il suffisait de le désolidariser du groupe pour expulser le malade (la vie se faisait le juge de sa survie), à présent, le groupe se fixe à un endroit ainsi le malade est tué s’il n’accepte pas son châtiment.

Ainsi comme dans les sociétés nomades, le malade mental est toléré tant qu’il ne met pas en péril la collectivité. La collectivité s’étant agrandie progressivement à des notions mondiales, l’exclusion s’est petit à petit faite par enfermement (Foucault, 1972). Cependant avec l’établissement de classes sociales par la sédentarisation (les Inuits, nomades, n’ont pas de classes sociales (Robert-Lamblin, 2019)), les prises en charge ont elles aussi été modifiées. Autrefois, les peuplades nomades mettaient un point d’honneur à la cohésion du groupe.

Avec la hiérarchisation de la société et le développement des classes sociales, cette cohésion passe par le respect de la structure sociale.

4. Nouveau mode de vie, nouveau mode de pensée.

Le fou n’est profondément que le langage de l’autre. Comme l’explique Patrick Lemoine : « Le psychiatre n’est au fond que l’instrument d’une société qui souhaite se débarrasser en période de crise de ceux qu’elle considère comme autres. » (Cyrulnik & Lemoine, 2018, p.236). Ainsi le fou est celui qui nuit au bon fonctionnement de la société. En période de nomadisme, le bon fonctionnement du groupe est sa survie en de bons termes, la cohésion du groupe fait sa survie. En période de sédentarisation, c’est l’activité du groupe et son rendement qui permettent le développement des biens du groupe et ainsi le développement de sa puissance militaire et culturelle permettant sa survie. Ainsi l’oisif devient le fou (Foucault, 1972). Dès 1750 av. J.-C., dans le Code d’Hammurabi, on retrouve les lois qui régissent les échanges humains, on peut y lire (§196-201) :

Si un homme arrache l’œil d’un autre homme, son œil sera arraché. Si un homme brise un os d’un autre homme, son os sera brisé. S’il arrache l’œil d’un affranchi (esclave rendu libre), il lui paiera une livre d’or. S’il arrache l’œil de l’esclave d’un autre homme, ou brise un os de l’esclave d’un autre homme, il devra payer la moitié de sa valeur. Si un homme brise une dent de son égal, une dent doit lui être brisée aussi. S’il brise une dent d’un affranchi, il lui paiera le tiers d’une livre d’or.

Ainsi comme le montrent ces paragraphes, la vie humaine se monnaie. Elle s’est transformée en valeur monétaire (George, 2008). Le nomadisme où le groupe et la vie humaine étaient le plus importants a laissé la place à la  sédentarisation où les biens, l’or sont les garants de la société. Les classes sociales hautes sont valorisées par rapport aux autres classes et ainsi la survie de l’individu ne se fait plus dans la cohésion avec le groupe, mais dans son ascension sociale. Ainsi le fou devient celui qui bouleverse l’ordre social. On fera tout pour le remettre au travail pour qu’il contribue à l’économie du groupe, jusqu’à l’enfermer et le mettre aux travaux forcés pour le soigner (Foucault, 1972).  L’acharnement thérapeutique et le déni de la parole du patient sont les lignes directes de cette pensée. Si la personne ne contribue pas au bien de la société et des puissants alors son existence devient inutile. De cette pensée apparaît l’eugénisme et l’idéologie totalitariste, les fous deviennent une gêne au développement (Cyrulnik & Lemoine, 2016). On exclura alors aisément les dissidents au parti en les décrétant atteints de schizophrénie blanche (Foucault, 1972) ou schizophrénie torpide (Cyrulnik & Lemoine, 2018) sous Staline. En Chine, on retrouve cette même démarche avec le terme de maniaque politique pour ceux qui hurlent des propos anti-partis (Cyrulnik & Lemoine, 2016). On peut citer la phrase du psychiatre français, Valentin Magnan : « Le progrès ou la mort. » (Cyrulnik & Lemoine, 2016, p.15) dites au début du XXe Siècle qui résume cette logique.

5. Le progrès ou la mort.

Mais comment peut-on faire pour tirer le maximum des vivants ? Comment peut-on faire pour amener certains à retourner à la productivité ? Lorsque la survie du groupe dépend à présent de la survie des puissants qui contrôlent le groupe, les autres êtres vivants deviennent des instruments de leur survie.

Les recherches sur la culture chamanique montrent qu’il existe deux types de thérapies pour soigner les personnes en souffrance : l’adorcisme, ou le retour de l’âme et l’exorcisme ou l’extraction du mal. La première s’intéresse à comprendre et exprimer les tourments de la personne pour permettre une meilleure intégration au groupe et une compréhension des messages véhiculés par ce mal. Chaque message étant une indication des esprits qu’il ne faut pas nier, mais respecter. La personne peut suite à cela avoir un accès à un rôle plus éminent au sein de la communauté comme devenir chaman par exemple (Halloy, 2015 ; De Heusch, 1971). La deuxième pratique, l’exorcisme, s’intéresse à extraire le mal. Cela part du postulat que des esprits négatifs se sont emparés de cette personne et qu’il faut faire revenir cette personne à son état antérieur. Dans l’exorcisme, on chasse le message véhiculé par les esprits, car ce message est jugé destructeur. Les Thongas (Afrique du sud) craignent d’être possédés par les esprits ancestraux des Zulus, leurs voisins par exemple (De Heusch, 1971). Ainsi la peur de se mélanger motive l’exorcisme. Le mélange est aussi la cause de changement social, ainsi l’exorcisme est favorisé quand il y a une peur du changement social. Nous pouvons ainsi supposer que les pratiques thérapeutiques se sont progressivement tournées vers l’exorcisme pour maintenir un ordre social stable. En empêchant l’intégration des messages au sein de la communauté, on empêche l’esprit de changement d’incarner le possédé et ainsi on maintient la hiérarchie sociale. Ces pratiques d’exorcisme se sont alors généralisées et développées avec la théorie des humeurs en Grèce antique (IVes siècles av. J.-C.), où l’on voyait d’abord sous Hippocrate le mélange de deux fluides (humeur) en chaque être le phlegme et la bile qui en se mélangeant pouvait créer des déséquilibres et des maladies. On procédait alors à des saignées, diarrhée, vomissement… pour extraire l’humeur en trop du corps de l’individu. Ces exorcismes permettaient de rétablir l’équilibre dans le corps du malade. Plus tard, avec Galien (IIes siècles apr. J.-C.), ces humeurs deviendront 4 avec l’ajout de la bile noire et du sang (Thivel, 1997). Cette prise en charge se poursuivra jusqu’au 18e siècle, avec des applications thérapeutiques similaires que sous Hippocrate et Galien. L’extraction du mal se poursuivra sous d’autres formes : douche froide pour calmer les maniaques (pour enlever l’excès de chaud), inoculation du paludisme pour stimuler les paralysés (excès de froid), extraction de la pierre de folie (cette pratique était peu usitée au Moyen-Âge (cf. : Cyrulnik & Lemoine, 2018)) en a découlé les lobotomies à l’époque contemporaine pour ôter la folie. Cette idée se prolongera avec Pasteur qui émit l’hypothèse en 1881 du microbe de la folie, puis la découverte de l’ADN (1954) amènera à chercher le mal dans le matériel génétique. Cette chasse à la folie se prolonge avec les recherches sur les gènes de la schizophrénie ou autres maladies mentales. L’utilisation thérapeutique des médicaments suit le même procédé, on tente de couper le mal, de l’enlever. Si vous avez mal à la tête, prenez un Doliprane, si vous ne pouvez pas dormir prenez un hypnotique. Le problème n’est pas réglé, il est évité. Cette pratique est similaire à l’exorcisme, on n’intègre pas le mal, on le renvoie…à coup de cachet. Et cette technique n’est pas sans déplaire aux lobbyismes. La publication du DSM-IV a par exemple fait passer la vente des médicaments contre les troubles de l’attention de 15 millions de dollars à 7 milliards (Cyrulnik & Lemoine, 2016). Il ne faut bien sûr pas nier, l’avancée fulgurante que les médicaments ont permis sur la prise en charge de la santé et dans le domaine de la psychiatrie : Arrêt des violences et des incarcérations forcées sur les fous furieux. Cependant, il ne faut pas généraliser une pensée organiste et en oublier les rôles sociaux et psychiques sur l’organisme. La perception de Boris Cyrulnik (2018) développe cette mise en garde (p.41) :

[la science], ce savoir fragmenté est celui qui donne accès aux diplômes, aux publications de carrière et aux postes de responsabilités. Ce qui ne veut pas dire que ces chercheurs ont tort, mais ce qui prouve qu’un savoir partiellement vrai peut-être partiellement faux et qu’une théorie qui prétend être totalement explicative se place sur le tapis roulant des idées totalitaires.

Nos démarches thérapeutiques uniquement centrées sur l’exorcisme ont fait des choses intéressantes. Elle a permis la survie de l’organisme sur plusieurs décennies supplémentaires et la découverte minutieuse du micro et du macrocosme. Cette quête à la survie est l’allégorie de la quête d’immortalité déjà présente dans le mythe de Gilgamesh sumérien (2650 av JC) que l’on peut retrouver dans les idées du transhumanisme actuel (Bossi, 2003). Cette recherche reprend les principes évolutionnistes et la quête du surhomme, parfait sans tare. Cette quête biblique du retour au jardin d’Eden en extrayant le mal réalisé (croquer le fruit défendu) serait-elle le seul moyen de retourner à un bien-être ? N’y aurait-il pas un autre chemin ? Plus flexible, favorisant l’adaptation de soi et de son environnement ? Et si la folie avait un message à nous faire passer ?

Pour découvrir la suite: cliquez sur ce lien: Une autre vision du vivant: les influences orientales sur la pensée occidentale.

Sources: 

Bossi, L. (2003). Histoire naturelle de l’âme. Presses universitaires de France.

Bottéro, J. (1992). Initiation à l’orient ancien. Paris : Seuil.

Bottéro, J. & Kramer, S., N. (1989). Lorsque les dieux faisaient l’homme : Mythologie mésopotamienne. Paris : Gallimard.

Cyrulnik, B., & Lemoine, P. (2016). La folle histoire des idées folles en psychiatrie. Odile Jacob.

Cyrulnik, B., & Lemoine, P. (2018). Histoire de la folie avant la psychiatrie. Paris: Odile Jacob.

De Heusch, L. (1971). Possession et chamanisme. Bibliotheque des sciences humaines, 226-244.

Descola, P. (1994). 16. Pourquoi les Indiens d’Amazonie n’ont-ils pas domestiqué le pécari : Généalogie des objets et anthropologie de l’objectivation. Dans : Bruno Latour éd., De la préhistoire aux missiles balistiques: L’intelligence sociale des techniques(pp. 329-344). Paris: La Découverte.

Foucault, M. (1972). Histoire de la folie à l’âge classique. Paris : Gallimard.

George, B. (2008). B…comme Babylone. [Film]. France : les films du tambour de soie.

Halloy, A. (2015) Divinités incarnées. L’apprentissage de la possession dans un culte afro-brésilien, Paris : Editions Pétra, coll. « Anthropologiques ».

Passé sauvage & Scilabus. [Le Vortex]. (2019, 10 avril). La forge des inégalités. [Vidéo en ligne]. Consulté sur :   https://youtu.be/6pbZn1d_4vo

Perrin, M. (2017). Chapitre I. Histoire et définitions. Dans : Michel Perrin éd., Le chamanisme (pp. 5-23). Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

Pichot, A. & Testart, J. (2019). « EUGÉNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juillet 2019. http://www.universalis.fr/encyclopedie/eugenisme/

Robert-Lamblin, J. (2019). « ESQUIMAUX ou ESKIMO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 juillet 2019. http://www.universalis.fr/encyclopedie/esquimaux-eskimo/

Thivel, A. (1997). Hippocrate et la théorie des humeurs. Noesis, (1), 85-108.

Villeminot, B. (2002). Regard sur la civilisation aborigène. Cahiers jungiens de psychanalyse, (1), 81-94.

Volant, E. (2012). La mort par pays : les inuits. [En ligne], consulté le 28 juillet 2019. http://agora.qc.ca/thematiques/mort/dossiers/inuits

 

La TIP : Thérapie interpersonnelle

Toute dépression a comme origine un problème social. Ceci se vérifie par la verbalisation des patients : depuis le décès d’untel, je déprime. Depuis mon changement de travail, je ne trouve plus goût à rien. Ou encore, la vie n’a pas d’importance, si ça en avait, je ne me serais pas retrouvé dans un orphelinat.

Cette vision des choses permet de s’attaquer au problème clé : ce qui nous vitalise est l’interaction que l’on a avec les autres. Un sculpteur s’épanouira dans l’interaction qu’il aura avec la pierre. Un artiste par sa prestation et la réaction du public…

On ne vit que dans l’interaction et si les êtres unicellulaires ont pu vivre aussi longtemps sur cette planète, c’est grâce à la communication et la coopération qu’ils ont développée avec leur pair (il suffit d’observer un échantillon de notre peau pour constater que si tout fonctionne aussi bien, c’est parce que chaque cellule coopère avec sa voisine).

Ainsi la TIP vise à recréer du lien social pour redonner goût à la vie.

Les liens sociaux se façonnent de la façon suivante (modèle de Knapp ci-dessous) :relation-social.jpg

  1. De la rencontre se crée une découverte de l’autre qui aboutit à un accordage ou non.
  2. Si accordage il y a, alors les moments ensembles vont se multiplier, créant une intégration progressive de cette personne dans notre vie.
  3. Ceci peut amener à la création de projets en commun (engagement).
  4. La suite de projets entraînera un maintien de la relation.

Dans le cas où la relation dysfonctionne :

Une différenciation entre soi et l’autre apparaît. On ne se reconnait plus dans cette relation. Ceci va réduire les échanges (limitation), amenant à une stagnation et peut-être un évitement progressif de l’autre, amenant la fin de la relation.

La vie étant régie par la loi d’impermanence : tout change constamment. Les situations ne restent jamais identiques et fluctuent à chaque rencontre. Comme le disait Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Et il en est de même pour les relations sociales. Notre façon de percevoir et la situation fluctuent à chaque instant. Ceci pouvant créer des conflits, des changements de situations (transition de rôle), un isolement ressenti (isolement qualitatif) ou réel (quantitatif), ou le départ d’une personne chère (deuil). Ces 5 cas de figure sont pris en charge par la TIP en axant sa prise en charge sur ce qui dysfonctionne. La plupart du temps, les dysfonctionnements sont récurrents et ciblés à des phases clés de la relation. Voici un bref aperçu :

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Le but de la TIP sera de permettre au client de recréer des relations sociales saines qui lui permettent de s’épanouir. Pour ce faire, un outil : la clarification des envies :

Règles : Besoins : Attentes : Disponibilités :
Identifier les règles de vie que l’on veut respecter. Identifier les besoins que l’on veut assouvir. Identifier ce que l’on veut concrètement pour que ce besoin soit assouvi. Observer nos relations et voir si quelqu’un est disponible pour réaliser notre souhait.
Ex : La réussite professionnelle est ma priorité. Avoir un emploi où je m’épanouis et suis reconnu. Échanges cordiaux avec les collègues. Patrick & Pascal sont disponibles et cordiaux pour échanger avec moi

Suite à cette clarification, le patient s’engage à développer des liens sains en rapport avec ses règles de vie. Ainsi il crée des relations sociales en rapport avec ce qu’il souhaite (pour plus de détails pour développer cela, lire l’article : ACT).

Le deuxième point important à travailler en TIP est la qualité des liens. Bon nombre de personnes ont pu avoir des soucis familiaux créant des schémas de comportement inadapté (pour plus de détails, voir mon article sur le sujet : thérapie des schémas). Ceux-ci façonnent notre façon de nous attacher aux autres. Les deux grandes possibilités de comportements inadaptés interviennent dans les familles où l’enfant ne s’est pas senti en sécurité (inattention envers l’enfant, manque de réassurance de l’enfant…). Ces comportements peuvent créer :

  1. L’attachement insécure évitant: La personne évite les relations sociales, car elle manque de confiance en elle et a multiplié les expériences négatives.
  2. L’attachement insécure ambivalent : la personne a manqué de présence familiale ou était soumise à des informations contradictoires (ex : Je te tape pour ton bien), ce qui a inhibé la compréhension globale du fonctionnement des interactions sociales.

Dans ces deux cas, le thérapeute réapprendra au patient les codes des relations sociales. Pour ce faire, deux outils :

  1. L’analyse réplique par réplique: cet exercice vise à reprendre les phrases échangées avec un tiers pour en comprendre le besoin sous-jacent et ainsi proposer une formulation plus commode pour la compréhension et l’acceptation inconditionnelle de chacun.

Ex : « Je m’occupe toujours des enfants ».

Quels sont les besoins sous-tendus par cette phrase ? « J’aimerais que mon mari m’aide dans cette tâche afin que je puisse souffler de temps en temps. »

Ainsi vous souhaitez avoir plus de temps pour vous reposer ? « Oui, c’est cela ! »

Pourriez-vous le formuler de la sorte : « Je suis fatigué, est-il possible pour toi de t’occuper des enfants pendant que je fais la sieste. » Si la personne accepte de reformuler de cette façon, demande à ce que ce soit fait les prochaines fois. (Ceci est un exemple, les formulations sont souvent plus complexes, comprenant tous les tenants et les aboutissants de la situation).

  1. Le Jeu de rôle: Le thérapeute joue le patient & le patient l’interlocuteur. Chacun essaye de comprendre au mieux ses besoins dans une situation donnée et de les exprimer, le plus intelligiblement possible.

Ainsi le patient apprend à échanger correctement avec son entourage et favorise des rencontres épanouissantes par rapport à ses besoins.

Afin de favoriser l’adhésion du patient aux reformulations, chaque exercice se coconstruit avec le patient. Ce n’est pas le thérapeute qui impose une formulation. Dans le cas, d’emportement émotionnel qui entraîne des soucis émotionnels, une gestion de l’émotion est proposée.

Les recherches scientifiques montrent que la TIP est la thérapie avec les meilleurs résultats sur la pathologie dépressive (Barth & al, 2013).

Pour aller plus loin, je vous invite à lire :

Pratique de la TIP, thérapie interpersonnelle de Nicolas Neveux. Ed : DUNOD

Et à voir ma vidéo sur le sujet:

ACT : La thérapie d’acceptation & d’engagement

Cette thérapie mise en place par Steven Hayes répond à la question essentielle : comment réussir ce que j’entreprends ?  Alors que la plupart des personnes réfléchissent sur ce qu’il pense être et ce qu’ils pensent pouvoir réussir par rapport à comment ils se définissent. L’ACT propose de se poser cette question autrement : qu’est-ce que je veux devenir ? Puis de changer sa façon d’agir et de penser en se questionnant : est-ce que cette action/pensée est utile par rapport à la démarche que j’entreprends ? Et ainsi suggère de cultiver des actions qui vont dans le sens de comment on veut voir émerger notre vie. Le nom de cette thérapie : ACT est là pour nous amener à l’action. Comme l’explique René Char : « Il n’y a que deux conduites dans la vie : ou on la rêve ou on l’accomplit. ». Passons à l’accomplissement alors !

Prenons un exemple : une personne qui souhaite être heureuse. Ce simple souhait démontre par lui-même qu’il n’est pas réalisé. Pourquoi ? Car la personne s’autocritique pensant que le bonheur est quelque chose que l’on mérite et pas que l’on vit. Pourtant, comme l’explique Lacan : « Agir, c’est arracher à l’angoisse sa certitude. » L’angoisse inhibe l’acte qui pourtant arrache à l’angoisse une certitude, celle qu’il existe une autre réalité ! Ainsi en agissant vers le bonheur, cette personne passera naturellement du « je veux être heureuse » à « je suis heureuse ! » C’est pour réaliser ce pas que la thérapie ACT demande à la personne de se poser cette question : est-ce que ces pensées sont utiles par rapport à ma démarche ? Est-ce qu’ils vont dans le sens de me rendre heureuse ? En modifiant ses actions et pensées, on se pose alors une 2e question : qu’est-ce que je pourrais faire ou penser pour cultiver/développer cette joie que je souhaite avoir ? Ainsi le but étant de cultiver des actions ou des pensées utiles par rapport à la démarche recherchée. À ce moment-là, la personne peut tout à fait se dire : « je vais m’acheter ou cultiver des fleurs pour me sentir heureuse. Ou encore, je vais passer un moment tranquille avec moi-même pour me sentir heureuse. » À ce moment-là, le travail est fait, la joie arrive. Et il suffit de cultiver ces moments pour développer ce que l’on souhaite. Dans cette thérapie, le but n’est pas de contempler notre pseudo-réalité que l’on se ressasse jour après jour et qui nous fait souffrir (pour en apprendre plus sur cette pseudo-réalité inventée par nos schémas du passé, je vous invite à lire cet article en cliquant sur les mots soulignés). Mais de mettre en place une dynamique pour cultiver ce que l’on veut.

Ne penser plus réalité, pensez utilité !

Le deuxième axe de cette thérapie est de permettre à chaque personne de se sortir de ses schémas limitants. Il faut bien comprendre que certains d’entre eux sont bien enracinés en nous. Pour ce faire, la thérapie ACT procède en 3 étapes :

  1. L’acceptation et le détachement avec son expérience négative.
  2. Le recadrage sur soi.
  3. Cultiver les choses que l’on veut voir fleurir dans sa vie.

Ces 3 étapes se découpent en 2 exercices chacun :

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Acte 1 : L’acceptation et la défusion

Ils ont pour but de permettre à la personne d’accepter ses émotions négatives et de se détacher progressivement de leur action néfaste (défusion). Par exemple, une personne traumatisée suite à un accident de voiture ne souhaitera plus retourner dans une voiture. Cependant pour aller au travail, il doit prendre sa voiture. Ainsi, chaque matin et chaque soir, il conduit tout en étant envahi par des frayeurs successives qui lui gâchent la vie. La plupart du temps, les personnes soumises à ce type de frayeur vont tout faire pour éviter d’y penser. En mettant de la musique à un fort volume, ou en pensant à autre chose qu’à la conduite. Malheureusement, il suffit d’un coup de klaxon, d’un gros camion pour ramener l’attention au présent et faire revenir cette peur. La première étape pour avancer est d’accepter cette sensation. C’est-à-dire faire face à la situation tout en sentant son ventre qui se noue ou sa gorge et peut-être sentir une vague d’angoisse nous submerger. En y faisant face, d’abord en visualisation, on commence à avancer avec cette sensation, on l’accepte. On ne l’alimente pas pour autant, on ressent les sensations. Passe ensuite l’étape de la défusion, cette sensation angoissante peut intervenir plusieurs fois au cours de notre journée, on ressent alors sa montée, puis sa descente (comme toute chose, l’émotion est aussi soumise à la règle immémoriale de l’impermanence).  Cet apprentissage que toute chose à une fin permet de s’en détacher progressivement et ainsi de ne plus générer autant d’angoisse qu’auparavant. La variété des contextes dans laquelle cette sensation intervient peut même rendre l’expérience burlesque et nous amener à un détachement encore supérieur grâce à l’humour.

Puis progressivement, on peut amorcer :

L’acte 2 : Le recadrage sur soi :

L’utilisation du moment présent pour se recentrer est capitale dans bon nombre de thérapie à présent. Grâce à la méditation, l’instant présent est devenu un adage populaire et une valeur que bon nombre de personnes développent au quotidien. Le deuxième exercice : le soi observateur est centré sur la capacité à observer une situation qui nous arrive sans se comporter dans son sens. Prenons l’exemple de cette personne traumatisée de la route : il peut ressentir son émotion sans pour autant entraîner une suite d’action de repli sur soi et d’anxiété généralisée. En ne ressentant que les sensations sans entraîner les conséquences, on cesse d’alimenter ce schéma et enfin on commence à se comporter et à se sortir de cette situation problématique. On peut aussi par exemple, observer son patron nous faire une remontrance brutale sans pour autant incarner le mode enfant vulnérable qui se replie sur lui. Et ainsi, réagir en tant qu’adulte à un tiers qui se comporte comme s’il était notre parent punitif.

Acte 3 : Cultiver les choses que l’on veut voir fleurir dans sa vie !

Cette étape s’axe sur les valeurs que l’on veut voir naître dans sa vie. Si la personne de l’exemple veut pouvoir conduire sereinement, il est important qu’elle entraîne des démarches pour retrouver sa sérénité au volant. Ainsi en cultivant des pensées positives (valeurs) et une conduite agréable au sein d’environnement non anxiogène de prime abord (action engagée). Puis dans des environnements multiples, elle généralisera l’expérience positive à toutes les autres situations, lui permettant de retrouver sa confiance en elle au sein de sa conduite.

Vous pouvez constater la facilité de compréhension de cette thérapie et de mise en application dans sa vie quotidienne. Le maître mot de cette thérapie est : la flexibilité ! Retrouver une flexibilité totale dans sa vie, afin de sortir de ses schémas limitants qui rigidifient nos pensées et nos comportements et enfin se permettre de réaliser nos rêves.

Si vous souhaitez vous tester pour voir quel travail vous devez réaliser pour accroître votre flexibilité, je vous invite à répondre aux questions posées sur ce schéma : (en répondant à chaque étape clés (acceptation, défusion…) sur un barème de 1 à 10. 1 étant l’expérience minimale de cette compétence et 10, l’expérience maximale.) À vous de jouer !

Et n’oubliez pas : « C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. » Henri Bergson.

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Pour aller plus loin, je vous invite à :

Voir cette vidéo :

 

Lire l’ouvrage : la thérapie d’acceptation et d’engagement. ACT. De Jean-Louis Monestès & Matthieu Villatte. Aux éditions : Elsevier Masson.

La thérapie des schémas de Jeffrey Young, ou comment réinventer sa vie

Dans cet article, nous allons voir un outil que je trouve très intéressant pour comprendre la psychologie humaine et ses rouages.

La thérapie des schémas de Young s’inscrit dans le courant des thérapies cognitivo comportementales de 3e vague. La première vague ne s’intéresse qu’aux comportements (Pavlov, Skinner avec leurs études sur le conditionnement opérant sur les chiens et les animaux). La deuxième vague a ajouté l’analyse et la modification des cognitions pour traiter plus en profondeur les pathologies. La troisième vague ajoute les émotions aux traitements réalisés. Ainsi la thérapie des schémas s’intéresse au comportement, aux cognitions et aux émotions.

Jeffrey Young postule qu’afin de nous créer dès la petite enfance nous traduisons des informations de premier ordre (sensorielle) en données de second ordre (informationnelle). Cette jonction est facilitée par l’interprétation des sensations faîtes par l’entourage. Ces raccourcis cognitifs permettent de gagner du temps, mais ont la fâcheuse tendance de conditionner notre futur. Chacune de ces constructions est nommée par Jeffrey Young, des schémas.

Il les a classés selon 5 grandes catégories types :

1.La séparation & le rejet :

Cette première catégorie de schéma naît dans un environnement où le milieu familial n’est pas stable, voire maltraitant. L’enfant ne peut alors pas développer un sentiment de sécurité suffisant pour explorer et comprendre son environnement (pour plus de détails, voir les travaux de Bowlby). En grandissant, il développe alors une crainte excessive envers les autres et le sentiment que personne ne sera là pour lui. Ceci l’amène à s’isoler et à se dévaloriser.

2.Le manque d’autonomie & de performance :

À l’inverse, ce schéma-là naît dans une famille surprotectrice (rarement sous-protectrice, même si le cas a pu arriver). La famille va alors exercer une pression constante sur l’enfant afin qu’il ne se blesse pas, créant un déficit dans la prise d’initiative de cet enfant. L’exploration de son environnement sera alors limitée engendrant un déficit d’autonomie et de performance chez l’enfant.

3.Le manque de limite :

À l’opposé du précédent, l’enfant est dans une famille très permissive. L’autorisant à faire tout ce qu’il veut sans limites. L’enfant croira alors en grandissant que tout lui est permis et que tout lui est dû, oubliant alors complètement de prendre en compte l’avis des autres.

4.L’orientation vers les autres :

A contrario, l’enfant ici naît et doit s’occuper des autres (car il est l’aîné, car la mère ou le père est malade…). L’enfant va alors construire sa personnalité autour de l’aide aux autres, se définissant comme une bonne ou une mauvaise personne en fonction de l’avis qui lui est renvoyé.

5.La survigilance & l’inhibition:

Dans ce cas, l’enfant est dans une famille très stricte, où les règles passent avant l’affection. L’enfant devra alors respecter chacune des règles établies avant de pouvoir faire ce qu’il veut. Les profils types des enfants de ce groupe sont exigeants (pouvant aller jusqu’à l’hétéro ou l’autopunition), dans un surcontrôle émotionnel, et pessimiste.

Chacun de ces schémas construit profondément la psychologie d’une personne, l’amenant à traduire son environnement de cette façon-là de manière quasi automatique. Il faut une première réflexion sur le fait que chaque pensée n’est que notre interprétation et jamais le reflet exact de la réalité pour pouvoir commencer à travailler sur les concepts qui nous habitent.

Chaque ressenti est traduit par votre cerveau. Ainsi nous ne pouvons jamais avoir de données objectives, uniquement des données subjectives. Lorsque vous lisez ces lignes, par exemple, vous traduisez ce que vos yeux voient : des couleurs noires sur du blanc, que vous interprétez comme des lettres qui signifient des mots et ont un sens dans la phrase. Pour être purement objectif, il faudrait être au-delà du signifié et alors les mots resteraient des taches de couleurs sans concept apparenté. Ainsi vous retourneriez dans un état contemplatif d’où vos schémas vous ont tiré aux prémices de votre vie. Bienvenu dans la médiation 😊

Si vous êtes prêt à remettre en question votre façon de penser, alors commencez à analyser chaque interprétation que vous faites de la réalité sous le crible de la raison en démontant les biais suggestifs dus à votre éducation.

Notez chacun des biais et recoupez-les sous les distorsions cognitives précédemment vues. Ex. : Quelqu’un me percute dans la rue. Je pense : « il pourrait faire attention. » Si je me pose la question : « pourquoi, devrait-il faire attention ? » Je pourrais répondre : « Parce qu’il me doit le respect. » Ainsi j’active un schéma de type manque de limites, avec une impression que tout le monde doit me respecter.

Petite précision à faire : Évidemment que le respect est important, mais ce cheminement de pensée est dû à une somme de code acquis par mon expérience. Le mieux serait de ne pas activer de schéma afin de ne pas conditionner mon expérience dans un cadre restrictif. Si la personne me bouscule et que je ressens la sensation de son corps sur le mien, ceci peut être une expérience sensorielle agréable et ne pas se ternir en une interprétation de manque de respect.

Ainsi si toute la vie est à l’image d’une immense danse sensorielle, alors les interactions ne seront plus que des couleurs et des sons et votre univers ne sera plus qu’une immense toile de maître dessinée par la Vie.

Je vous souhaite de vous épanouir sur le chemin des possibles, sans oublier qu’il en existe une infinité qui pourrait vous plaire à chaque instant. N’hésitez pas à choisir les choses que vous voulez vivre. La vie n’est pas un labeur, c’est un choix de l’existence pour vivre dans la félicité à chaque instant. Vous êtes le maître de vos vies, ne l’oubliez pas !

Pour aller plus loin, voici quelques vidéos:

Aller plus loin dans la théorie:

Découvrez les solutions pour se sortir de ses schémas :

Aller encore plus loin avec les solutions possibles:

 

Le jeûne, une thérapie révolutionnaire ou un retour à la terre ?

Suite à un jeûne de 21jours, je me suis renseigné sur ce processus naturel et essentiel pour tout écosystème : Faire une pause.

Lorsqu’une route doit être reconstruite, on bloque la portion de route.

Lorsqu’une salle doit être rangée et lavée, on retire toutes les personnes, on enlève les encombrants et on nettoie de fond en comble correctement.

Pourquoi le corps devrait-il être traité différemment ? Pourquoi on lui laisse aucun repos alors que la vie naturellement a besoin de repos pour continuer à être ?

Si une route n’est pas entretenue, ceci devient autre choses, mais surement pas une route très sûre. Il en est de même pour le corps et le système digestif. Les maladies interviennent lorsqu’une lésion / un problème se généralise. Pour le réparer, il suffit de faire une pause et de le prendre en charge. Cette pause doit être autant spirituelle (avec l’esprit) que matérielle (avec le corps). Si les deux se mettent en pause alors comme le disait Benjamin Franklin : « Les meilleures de toutes les médecines sont le jeûne et le repos. ».

Mais alors que cela est tellement évident, pourquoi personne ne le met en pratique ? Alors que la maladie nous indique de ne pas manger (diminution d’appétit lors d’infections), pourquoi nous forçons-nous ? La réponse est simple le matraquage des firmes agroalimentaires. Alors que la plupart des personnes ne mangeaient que 2 repas par jour, il y a 100 ans. Nous sommes passés à 4 voir 5 repas dans la journée. Est-ce vraiment nécessaire ? Autre fait intéressant : le diabète, les problèmes cardiovasculaires et le cancer sont les maladies phares de notre siècle. De manière étrange, le jeûne peut remédier à chacun de ces problèmes (pour plus de détails, je vous invite à lire le livre du Dr Fung : le guide complet du jeûne).

Étrange ? Je ne pense pas. La maladie de notre siècle vient peut-être aussi d’une surconsommation des matières premières (destruction de la planète), des nutriments (surexploitation)… ainsi une réduction de la consommation pourrait être une solution locale (notre corps) à un problème global (la planète).

Si vous êtes prêt à franchir le pas pour changer votre vie et favoriser une réduction de la consommation par votre fonctionnement alors, je vous donne quelques clés pour y arriver :

  1. Renseignez-vous! Le livre : le guide complet du jeûne est très bien pour cela. Ou encore, le documentaire Arte de Thierry Lestrade : le jeûne cette nouvelle thérapie.
  2. Commencez à petits pas : Tout d’abord sauter un repas et voyez comment vous vous sentez, comment vous pensez. Faites cela vraiment en conscience pas juste parce que vous n’avez pas le temps.
  3. Tentez l’expérience pendant 3 jours de repos, écouter votre corps et mettez le en pause. Il faut savoir que la ghréline, l’hormone liée à la faim est principalement sécrétée avant nos prises alimentaires quotidiennes. Coïncidence ? Je ne pense pas ! C’est principalement notre conditionnement cérébral qui crée notre condition physique. Apprenez à vivre autrement et votre vie sera autre ! Comme l’explique Jimmy Moore, qui faisait alors 180kg avant de commencer ses expériences de jeûne : La faim est principalement créée par le mental. Le corps sait très bien gérer quand il n’a rien.
  4. Le shoot de la cétone : aussi étrange que cela puisse paraître, passez les 3 premiers jours de jeûne et ce seront vos graisses qui prendront le relais comme réserves de nutriments. Ces graisses, une fois transformées par le foie en cétone, seront votre boost principal. Les cétones étant le carburant originel du corps (remplacé par le glucose dans nos sociétés modernisées), elles boostent votre vitalité et vous donnent une sensation d’euphorie. Vous avez la sensation d’être hyper-lucide et dans un bien-être fabuleux. La règle du bonheur : Sortez des carcans.
  5. La petite voix dans la tête fait enfin silence ! Qui n’est pas perturbé par ses pensées automatiques ? Tout le monde y est victime. Pourtant dès qu’il manque de nourriture, il semblerait qu’elle se taise. C’est mon expérience de jeûne, après une semaine, plus de voix qui commentait, juste le calme et la sérénité… et ça, ça fait du bien.
  6. Hyper-productivité et hyper-confiance : Avec le jeûne, vous sentez que vous pouvez vous fier à votre corps. Il est parfaitement prêt à supplanter tous les problèmes. Une confiance en vous croît et avec elle, une productivité d’enfer. Fini les remises en question improductives, finis les doutes, la voix s’est tue, seule votre pensée est présente et elle conduit votre action dans une totale spontanéité. Le Flow de Csikszentmihalyi n’a jamais été aussi présent ! (Pour la petite anecdote, les légionnaires romains vivaient en pratiquant le jeûne intermittent (1 repas/jour). Ceci se nommait la Diet du guerrier (Cf livre: Warrior Diet). Ceci leur permettait de maintenir l’esprit affuté. N’est-il pas évident qu’après un repas, les fonctions mentales baissent en capacité afin de favoriser la digestion ?).
  7. L’hormone de croissance : Cette hormone qui vous a fait grandir et aussi là pour vous faire évoluer dans la vie. Nouveaux neurones, reconstructions de certaines parties endommagées du corps… l’hormone de croissance est là. C’est votre optimisateur personnel, votre anti-vieillissement intime. Malheureusement pour les mangeurs, elle est sécrétée quand le système digestif est au repos (elle est multipliée par 3 après 1 jours, et par 5 après 2 jours et par 12.5 après 45jours (étude réalisée dans le cadre d’un jeûne fait dans un but spirituel (réf : p.54 du livre du Dr Fung)).). Un niveau trop faible d’hormone de croissance chez l’adulte se traduit par plus de graisse corporelle, moins de masse musculaire et une baisse de la densité osseuse. Voilà pourquoi les athlètes s’intéressent de plus en plus au jeûne intermittent ! (p.63).
  8. L’autophagie. Yoshinori Ohsumi, le prix Nobel de médecine de 2016, pour sa découverte de l’autophagie, nous explique que les périodes de jeûne permettent à notre corps de recycler les vieilles cellules et ainsi de maintenir notre santé en réduisant le vieillissement cellulaire. Ayant moins de réserves, le corps puise dans les choses usagées à l’image de votre fonctionnement quand vous êtes en période de restrictions budgétaires, vous allez relire un vieux livre ou enfin lire ceux qui traînent depuis longtemps. Le corps fait la même chose, il recycle. La stagnation est mauvaise pour la santé. Recycler constamment et ainsi votre vie sera un tourbillon ascendant. 😉 Mais attention, l’autophagie ne se déclenche que l’estomac vide, dès 3g de leucine (par exemple) détectés dans le système digestif, fin de l’autophagie.

Le Dr Fung liste les bienfaits du jeûne dans son livre : le guide complet du jeûne (Ed: Thierry Souccar). En voici les bienfaits :jeune0002

  • Il améliore la clarté mentale et la concentration.
  • Il provoque une perte de poids et de graisse corporelle.
  • Il abaisse la glycémie (le sucre sanguin).
  • Il améliore la sensibilité à l’insuline.
  • Il entraîne une augmentation de l’énergie.
  • Il améliore la combustion des graisses.
  • Il réduit le taux de cholestérol sanguin.
  • Il prévient la maladie d’Alzheimer.
  • Il permet de vivre plus longtemps.
  • Il ralentit le processus de vieillissement.
  • Il réduit l’inflammation.

Même le Guinness book record parle du jeûne avec un homme de 27 ans, 207 kg, qui a jeûné pendant 382 jours sans effet secondaire négatif ! (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2495396/):https://imageresizer.static9.net.au/wzNal_V6P14XzBIG5Kvx42mkXC0=/480x270/http%3A%2F%2Fprod.static9.net.au%2F_%2Fmedia%2FNetwork%2FImages%2F2018%2F05%2F22%2F14%2F42%2F2205_barbieri_env_a.jpg

Angus Barbieri, avant et après son jeûne de 382 jours.

J’espère vous avoir motivé pour tenter l’expérience. C’est une des clés qui me permet de me sentir bien. Je fais maintenant un jeûne intermittent qui me permet de garder les bienfaits du jeûne en boostant l’hormone de croissance tout en gardant un plaisir nutritif lorsque toutes mes tâches sont réalisées.

Pour vous donner encore plus envie, je vous retrouve pour vous expliquer mon expérience de 21 jours, en vidéo à cette adresse :

Partie 1 :

Partie 2: