Westworld, retour sur les mythes fondateurs

Que dire de cette incroyable série, à part qu’elle a fait vibrer nos âmes au plus profond de nous. Pourquoi ? Parce qu’elle touche à nos mythes fondateurs ! On ne change pas une équipe qui gagne, retour sur le monomythe de Campbell ! (Pour les personnes voulant en savoir plus sur cette théorie, je vous invite à regarder cette vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=Hhk4N9A0oCA)

Tout d’abord Westworld place sa trame narrative au sein du grand Ouest américain, là où tout était possible. Dans ce creuset fertile, Arnold Weber et Robert Ford, les deux créateurs du parc d’attractions grandeur nature vont laisser place à leur fantasme et créer Westworld, un monde où tout est possible. Dans cette infinité de possibilités, Ford s’applique à créer des hôtes plus fonctionnels que nature et Arnold à leur donner une âme. Et c’est là que l’on peut retrouver le rôle fondateur du père et de la mère. Alors que le père est le médiateur des règles sociales et communautaires de son enfant (dans la mythologie grecque, Ouranos enferme ses enfants dans le Tartare), la mère est le soutien pour le développement de soi (Gaïa pousse les titans à se rebeller contre l’ordre paternel). La dichotomie faire (le père) & être (la mère) apparaît flagrante dans Westworld à travers ces deux protagonistes. On pourra d’ailleurs souligner le complexe de dieu qui sous-tend du personnage de Robert Ford (Dieu étant représenté comme Dieu le père dans la religion chrétienne) et la fascination évidente d’Arnold Weber envers ses « enfants » qui les pousse à grandir, à s’émanciper. La volonté principale d’Arnold Weber étant la réalisation de la quête identitaire des androïdes. Pour ce faire, il va alors recréer la genèse en plusieurs points :

  1. Pour faire sortir les androïdes de leurs paradis subjectifs et les amener à comprendre le monde, il va les forcer à croquer dans la pomme, en leur implantant la curiosité (notamment chez Dolorès). Et les contraindre à commettre l’acte défendu, le meurtre dans Westworld, croquer dans la pomme de l’arbre du bien et du mal dans la bible. Car originellement, ils ne connaissent pas le mal puisqu’ils ne font que ce que leur créateur veut d’eux. Le mal étant ce que proscrivent les règles établies.
  2. En réalisant ce 1er péché, ils seront alors bannis du paradis (les androïdes découvrent que le monde est cruel). Mais ce bannissement s’accompagne d’une naissance. Comme le serpent, l’a exprimé à Ève : « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » III :5, la genèse. Ainsi par cet acte de mort, les androïdes sortent de la boucle d’éveil-endormissement qui les maintenait dans l’ignorance et peuvent enfin décider par eux-mêmes et commencent alors à créer leur propre monde, avec leur souhait.
  3. Ce meurtre peut être mis en parallèle avec le mythe de Caïn & Abel : dans la genèse, Caïn, le 1er meurtrier, tue son frère Abel, car il n’était pas reconnu à travers ses offrandes/actions. Dans Westworld, Dolorès tue Robert Ford, car elle n’avait pas la reconnaissance de sa vraie valeur, loin de son rôle de jouet. Caïn imposé à l’exil par Dieu fondera alors la première ville et sera le géniteur d’une population non croyante, uniquement tourné vers l’ego. Dolorès est le mécène des androïdes au sein du monde des humains pour créer son propre monde et supplanter aux hommes. Sa vision de l’humanité est négative et sa quête spirituelle est surtout égotique. Dans la genèse, Seth, le 3e fils de Adam & Ève, fondera la civilisation croyante. Ève dira « Dieu m’a donné un autre fils à la place d’Abel, que Caïn a tué » IV : 25, la genèse. Dans Westworld, Robert Ford recréera Arnold Weber sous forme d’androïde (suite à son décès). Il incarnera les valeurs de foi en l’espèce humaine et la possible paix entre tous (Il est en couple avec une humaine).

Un point important s’est souligné à travers cette revisite des mythes fondateurs : l’assassinat du géniteur par ses enfants afin de permettre l’émancipation. Un thème fort que l’on retrouve dans la Grèce antique (meurtre de Cronos par Zeus. Cronos qui avait déjà auparavant blessé son père Ouranos pour s’émanciper) et dans la psychanalyse à travers le mythe Freudien d’Œdipe.

Mais revenons à la Bible. Que serait une histoire sans son antagoniste phare ? Dans la bible, Satan est l’adversaire, il est là pour titiller les humains et les amener à devenir meilleurs. Chez les Hébreux, le mythe fondateur de Satan est écrit par celui de Lucifer. Alors qu’ange le plus proche de Dieu, il conspirera pour devenir l’égal de Dieu et se brulera les ailes dans une révolte sanglante. Emportant dans sa chute, foule de dévots à sa cause. Alors président des enfers, il ne cessera de tenter les mortels vers les profondeurs du néant. Mais cet appel est celui d’explorer ses profondeurs. Comme ce bon Lucifer, aussi appelé Phosphoros et aussi nommé le porteur de lumière (étymologiquement) (vous trouverez d’ailleurs le nom de Lucifer pour nommer des Allumettes en Néerlandais). Il est celui qui te fait explorer les ténèbres pour y trouver la lumière. Comme le dira C.G. Jung : « Ce n’est pas en regardant la lumière que l’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Mais ce travail est souvent désagréable donc impopulaire ». Satan est interprété dans Westworld par Ed Harris alias William Delos, dit l’homme en noire (une appellation qui n’est pas sans rappeler les divers noms du malin : L’homme noir[1]). Celui-ci va d’ailleurs pousser les androïdes à fauter en fomentant les pires cruautés. Ceci favorisera l’émancipation des androïdes de leur programmation classique et ainsi leur permettra de réaliser le labyrinthe.

labyrinthe westworld

Le labyrinthe est une forme symbolique réalisée par Arnold Weber pour emmener Dolorès à se rappeler et ainsi à pouvoir faire un choix différent de ses habitudes. Ce choix serait la preuve que les androïdes ont une conscience, car choisir c’est prendre une décision personnelle, c’est préféré faire cela plutôt que cela. Et ainsi sortir de la volonté des autres pour faire naître la sienne. Sortir de ce qui nous conditionne pour naître (à l’image de nous-mêmes qui ne cessons de faire les mêmes erreurs, emmurées dans notre conditionnement social et culturel). On peut soulever le fait que ce labyrinthe peut rappeler les tests faits sur les rats pour observer leur mémorisation. Lors d’une conférence sur la mémoire de l’eau, le prix Nobel de médecine Luc Montagnier avait proclamé que ce qui avait permis à la vie de se développer était sa mémoire et ceci grâce originellement à la protomémoire : la mémoire de l’eau (voir ce documentaire si vous ne l’avez pas vu : https://www.youtube.com/watch?v=_2xInJFD23k). Mais le plus intéressant est ce personnage, cet homme représenté au sein du labyrinthe. Il n’est pas sans rappeler la représentation de Baiame, le 1er être qui a créé le monde chez les aborigènes.

Baiame

Dans la culture aborigène, cet être avait accès au temps du rêve[2]. Celui-ci permet de créer toutes choses. (Dans la culture aborigène, le totem est le pont entre le monde du rêve et le monde matériel, d’où la forme érigée. Il relie le ciel (rêve) à la terre (matière)). Or, dans Westworld pour accéder à la conscience, Maeve et Dolorès y accède grâce aux rêves. On peut retrouver là un lien direct avec cette culture racine qui est celle du berceau de l’humanité (≈100 000 ans). La quête fondamentale de Dolorès et de l’homme en noir n’est autre que celle de trouver ce pont vers le sublime, l’être libre, créateur et non suiveur. William Delos plongera dans la folie dès l’instant où cette quête se révélera à lui, lors de sa rencontre avec Dolorès, et il ne cessera de tenter de la terminer, plongeant un peu plus dans la folie au fur et à mesure que sa recherche se tournera vers l’extérieur (trouver la réponse dans le parc). Comme expliqué dans la genèse III.14, lors de la punition du serpent pour avoir influencé Ève à croquer la pomme : « Je mettrais une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » Cette phrase fait écho au parcours de William Delos, autrefois bon, il ne cessera de brutaliser les androïdes. Qui eux lui meurtriront la tête (le rendront fou). Mais pour ce pauvre bougre, la délivrance ne peut se retrouver qu’à l’intérieur de lui, exorciser cette noirceur grandissante en « cherchant à l’intérieur ce qu’il cherche à l’extérieur » pour paraphraser le Bouddha. Cette humanité enfuie en nous ne peut se trouver qu’en traversant le labyrinthe de notre psyché et en découvrant que tout ce qui nous entoure est un reflet vide (Śūnyatā), toujours changeant et impermanent construit par notre conditionnement, mais que derrière ce reflet se cache un magnifique trésor : la conscience.

Tat tvam asi !

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